10 propositions du M’PEP pour réindustrialiser la France.

Le rapport Gallois et les mesures prises par le gouvernement pour améliorer la « compétitivité  » de la France ont été largement commentés. Le M’PEP a fait part de son analyse dans une étude du 20 novembre 2012. Le moment est venu de présenter des alternatives.

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10 PROPOSITIONS DU M’PEP POUR RÉINDUSTRIALISER LA FRANCE

Par le Mouvement politique d’éducation populaire (M’PEP).

Le 30 novembre 2012.

Le rapport Gallois et les mesures prises par le gouvernement pour améliorer la « compétitivité  » de la France ont été largement commentés. Le M’PEP a fait part de son analyse dans une étude du 20 novembre 2012 ; pour y accéder, cliquez ci-dessous :

http://www.m-pep.org/spip.php?article3132

Le moment est venu de présenter des alternatives. C’est ce que fait le M’PEP dans le domaine de l’industrie où, lors d’un colloque organisé le 10 mars 2012 à Lyon, 10 propositions ont été formulées pour relancer la politique industrielle ; pour y accéder, cliquez ci-dessous :

http://www.m-pep.org/spip.php?rubrique328

L’objectif est de doubler, en 10 ans, la part de l’industrie dans la valeur ajoutée, et passer de 12,5% à 25%, soit la création de plus de 2 millions d’emplois. Au-delà de l’aspect quantitatif, c’est sur le sens à donner au renouveau de la base productive française que s’interroge le M’PEP. Il s’agit de passer à la coopération internationale afin de réindustrialiser notre pays et sortir de la crise en sortant de l’Union européenne et de l’euro de manière unilatérale.

Il ne faut surtout pas raisonner en termes de « compétitivité  », de concurrence, de conquête de marchés, de libre-échange, car c’est la mise en concurrence des peuples et des travailleurs, leur division, et la baisse de leurs salaires et des dépenses publiques sociales. Il faut raisonner en termes de besoins, pour tous, de productions à effectuer pour répondre à ces besoins, de coopération internationale dans le cadre de la charte de La Havane.

Pourquoi parler de politique industrielle ?

Une volonté politique est nécessaire pour reconstruire la base productive nationale, car le marché est incapable de le faire. La preuve se trouve dans les politiques de libéralisation, particulièrement celles affectant les marchés de capitaux, le marché du travail et le commerce international, qui ont abouti à la désindustrialisation actuelle.

L’industrie permet de :

  • Produire des biens utiles, des plus sophistiqués aux plus communs.
  • Gagner le maximum de gains de productivité, contribuant aux économies en travail et en capital, et à limiter les nuisances sur l’environnement.
  • Encourager l’innovation technologique, non pour accélérer le libre-échange, la concurrence et la guerre économique, mais pour améliorer la qualité et la durabilité des produits, la qualité du travail et des processus de production au regard de l’environnement.
  • Assurer des emplois variés, des plus hautes qualifications aux plus modestes.
  • Organiser l’aménagement du territoire car l’industrie sera la pierre angulaire de la résurrection des banlieues et de certains milieux ruraux.
  • Susciter des emplois induits dans les services.
  • Contribuer à la puissance et à l’indépendance nationale.
  • Développer la coopération internationale.
  • Reconstruire un salariat et une classe ouvrière, force propulsive du changement social.

Nous sommes loin, ici, des diversions régulièrement lancées autour de l’économie « verte » ou de la « nouvelle » économie.

1.- Produire et acheter français

Dans les secteurs où le taux de couverture (des importations par les exportations) est le plus faible, une politique de substitution aux importations devra être menée. Ainsi, de mai 2010 à mai 2011 le déficit de la balance commerciale (énergies incluses) était de 76 milliards d’euros. Il faut revenir à l’équilibre (hors énergies) dans les domaines suivants qui connaissent des déficits importants :

  • Véhicules automobiles (7 milliards d’euros)
  • Vêtements (7 milliards)
  • Ordinateurs et équipements périphériques (6 milliards)
  • Produits électroniques grand public (5 milliards)
  • Équipements de communication (4 milliards)
  • Produits pharmaceutiques de base (3 milliards)
  • Chaussures (3 milliards)
  • Appareils électroniques (3 milliards)

Cette politique devra être mise en œuvre par des accords bilatéraux de coopération commerciale s’inspirant de la charte de La Havane. A défaut, des mesures protectionnistes unilatérales seront prises.

2.- Revaloriser le travail dans l’industrie

Il faut reprendre la réduction de la durée du travail et aller rapidement vers les 32h par semaine en 4 jours, sans perte de salaire. Un fonds de péréquation des salaires et la mise en place de groupements d’employeurs permettront aux petites et moyennes entreprises de faire face sans difficultés à la RTT. Des droits nouveaux devront être accordés aux salariés, aux syndicats et aux comités d’entreprise. L’accent mis depuis des années sur le coût du travail qui serait trop élevé a culpabilisé ceux qui subissaient la désindustrialisation. Il faut mettre un terme définitif à tout ceci. L’ancrage territorial de la réindustrialisation y contribuera.

3.- Nationaliser les grandes féodalités industrielles

Affaiblir le pouvoir financier, économique, stratégique et symbolique des classes dirigeantes et reprendre en main la production pour :

  • mettre en œuvre une mutation écologique du mode de production, la réindustrialisation ne devant pas se faire à l’identique mais se traduire par un changement radical de la façon de produire et de ce que l’on produit.
  • réorienter la stratégie des entreprises industrielles vers le marché intérieur et la constitution de filières.
  • remplacer le libre-échange par la coopération internationale.
  • installer une charte de la sous-traitance.

4.- Planifier une mutation écologique du mode de production

L’effort de R&D et d’innovation ne doit pas servir au développement de la « compétitivité », mais à améliorer :

  • la situation de l’homme au travail.
  • l’utilité, la durabilité et la qualité des produits.
  • les effets de la production sur l’environnement.
  • la coopération internationale.

Il s’agit de remettre en cause la spécialisation actuelle de l’industrie française vers des niches technologiques très pointues mais vieillissantes : TGV, Airbus, le nucléaire. Cela ne suffit plus à tirer le reste de l’économie. Ce choix de milieu de gamme pénalise la France depuis l’euro qui a accentué la spécialisation dans chaque pays. Les pays émergents gagnent des parts de marché sur tous les segments : bas, moyen et haut de gamme.

La France doit donc élaborer de nouvelles perspectives industrielles. Celles-ci devront permettre une utilisation plus rationnelle et plus économe des ressources énergétiques et minérales.

Les nouvelles énergies devront faire l’objet de gros investissements, comme la transition énergétique et la gestion des déchets en développant particulièrement les filières de recyclage. La réhabilitation thermique de millions de logements individuels et collectifs améliorera radicalement le solde énergétique du pays tout en créant de nombreux emplois non délocalisables. Même chose pour les transports collectifs propres.

L’agroalimentaire recèle d’immenses potentialités de développement autour de l’amélioration de la qualité, tout comme l’agriculture alimentaire de proximité.

5.- Financer l’industrie par le crédit bancaire et non plus par les marchés financiers

Il n’y a pas assez de crédit bancaire pour financer l’industrie dans les PME et PMI. Les banques devront être entièrement nationalisées, le crédit rendu sélectif et encadré. Un Livret E permettra d’apporter des fonds propres aux PME et TPE.

6.- Organiser le dépérissement de la Bourse

La Bourse, normalement, en système capitaliste, est faite pour apporter des capitaux aux entreprises. Ces capitaux viennent de la vente des actions des entreprises qui s’inscrivent à la Bourse ou qui, déjà inscrites, augmentent leur capital par de nouvelles émissions d’actions. La logique voudrait alors que le nombre d’entreprises inscrites à la Bourse, le nombre et le montant des actions émises croissent sans interruption puisque les entreprises ont toujours besoin de capitaux pour leurs investissements. C’est globalement ce qui c’est passé depuis la création des Bourses.

Or le phénomène inverse s’observe depuis quelques années. C’est ainsi, par exemple, pour confirmer cette évolution, que le supplément économie du journal Le Monde du 4 septembre 2012 titrait sur toute sa largeur « La fin de la Bourse de Paris ? ». Les raisons de cette interrogation reposaient sur deux éléments :

  • Jamais les entreprises françaises n’avaient obtenu si peu de financements de la Bourse (43% de leurs investissements en 1998 contre 3,3% en 2011, le reste venant des crédits bancaires classiques, de l’émission de titres de dette et de l’autofinancement).
  • Jamais aussi peu d’entreprises ne s’étaient inscrites à la Bourse de Paris (Euronext) : 52 en 2007 et 3 en 2009 (10 en 2012).

Mais Le Monde oublie trois éléments très importants (source INSEE) :

  • Le nombre d’entreprises cotées à Euronext Paris (nom actuel de la Bourse de Paris) a baissé de 650 en 2002 à 598 en 2008.
  • La capitalisation boursière des actions (valeur de chaque action cotée multipliée par le nombre d’actions émises) a baissé de 1 702 en 2006 à 1 002 en 2008.
  • Les rachats d’actions prennent une dimension considérable (source Banque de France). En 2012, les entreprises ont racheté pour 4 milliards d’euros de leurs propres actions, tandis que les émissions de nouvelles actions se sont élevées à 10,8 milliards, soit un montant net de 6,8 milliards seulement. Le rachat d’actions consiste pour une entreprise à annuler, en les rachetant, ses propres actions, pour éviter une dilution de son capital et redonner l’argent aux actionnaires. L’ouverture du capital des entreprises aux investisseurs institutionnels a modifié la stratégie de ces entreprises pour leur faire adopter des stratégies de recentrage sur leur cœur de métier. Pourquoi ? Parce que les « zinzins » (fonds de pension, fonds mutuels, hedge funds…) exigent une rentabilité d’au moins 15% par an. Un tel niveau de rentabilité ne peut être obtenu dans des groupes diversifiés où, par définition, certaines activités, tout en restant très rentables, le seront malgré tout moins que d’autres. Résultat : la rentabilité globale de l’entreprise incorpore des secteurs moins rentables que d’autres alors que les « zinzins » ne veulent que les secteurs dans lesquels la rentabilité est la meilleure. D’où les ventes et fermetures des secteurs les moins rentables (mais rentables quand même…), les fusions, acquisitions, LBO’s, licenciements boursiers, pour ne garder dans les groupes que le cœur de métier le plus rentable qui permettra de « servir » les 15% demandés par les « zinzins »… Il faut donc exfiltrer les fonds de pension (les « zinzins » en général) du capital des entreprises, en lien avec leur nationalisation, remettre en place l’impôt de Bourse en attendant l’extinction de cette dernière…

7.- Changer l’assiette de calcul des cotisations sociales patronales

Cette assiette est aujourd’hui la masse salariale. Cela pénalise l’emploi. Il faut aller vers une assiette à 3 composantes : la masse salariale, les produits financiers, l’EBE (excédent brut d’exploitation). Cela divisera le patronat entre les grandes entreprises qui s’opposent à cette réforme et les petites qui y ont intérêt.

L’Excédent brut d’exploitation (EBE) sert à mesurer la richesse réelle créée par l’entreprise. Il se définit ainsi : EBE = chiffre d’affaires ht - achats de marchandises et matières premières ht - services extérieurs (loyer, électricité, assurance...) ht - services provenant de tiers (avocats, comptable..) ht - impôts et autres taxes - salaires et charges sociales.

8.- Réprimer les licenciements boursiers

Le M’PEP a repris une proposition de loi de l’association Un travail pour chacun (UTC) réalisée avec le professeur Gérard Lyon-Caen relative à une « restitution sociale » que verseraient les entreprises qui commettraient des licenciements boursiers.

http://www.m-pep.org/spip.php?article722

9.- Interdire les délocalisations et relocaliser

Le M’PEP a élaboré une proposition de loi à cet effet.

http://www.m-pep.org/spip.php?article965

10.- Sortir de l’euro et de l’Union européenne

Tout ce qui vient d’être proposé jusqu’à présent n’est pas possible dans le cadre de l’Union européenne et de l’euro, c’est pourquoi il faut sortir de ce système et de sa monnaie unique.

  • Aucune politique industrielle n’est possible à l’échelle de l’Union européenne. Définie en 2000, la stratégie de Lisbonne n’a été qu’une supercherie. Son objectif – jamais atteint – était d’allouer 3% du PIB à la R&D et à l’innovation. Cette stratégie se basait sur une idéologie délirante : l’économie de « la connaissance  » remplacerait la production matérielle. Le dogme de la libre-concurrence interdit toute politique industrielle européenne, il faut donc un État stratège et interventionniste. Pour ne prendre que cet exemple, l’encadrement et la sélectivité du crédit ne sont pas possibles dans le cadre de l’Union européenne.
  • Dans le cadre de l’Union européenne, aucune politique de substitution aux importations n’est possible puisque seul le libre-échange est autorisé.
  • La dévaluation n’est pas possible non plus.

La sortie de l’euro permettra d’éviter que les économies européennes continuent à se mener une concurrence destructrice par la baisse des salaires. Dès lors les gains de productivité, particulièrement en France où elle est très forte, pourront être répartis pour les salariés.


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Forum de l'article  -3 Messages

  • 10 propositions du M’PEP pour réindustrialiser la France.

    18 juillet 2013 10:21, par Gilles BERTIN

    C’est magnifique, mais le Capitalo-Liberalisme Débridé est Mondiale et 78% des gouvernements du monde, sont tous des adeptes de ce dogme néo-conservateur dont les gardiens du temple sont aujourd’hui les ex-de Golman Sachs. Demandez a Nikonoff il a bien failli en être, il en fut suffisamment dépité, c’est ce qui pourrait expliquer sa présence parmi nous, très a GAUCHE !!!!

    J’approuve votre analyse a 80%, mais c’est pas la France qui va changer le monde...

    Il va falloir que monde se retrouve devant le crack absolue pour se remettre en question ?

    Et peut-être adopter une partie de vos propositions.

    Pour cela il faudrait déjà par apprendre au peuple "ce que sait L’ÉCONOMIE".

    Il faut faire des conférences pour dénoncer "l’erreur économique".

    Pour la démystifier et la rendre compréhensible par le commun des mortels :

    L’économie c’est simple comme "bonjour" ce ne sont qu’additions et soustractions !!!

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  • Je suis tout à fait d’accord avec votre analyse et vos propositions, il serait urgent de mettre en place ce que vous dites sinon j’ai peur qu’a la prochaine présidentielle se soit Marine le Pen qui arrive en tête, enfin le PS et l’UMP auront tout fait pour dérouler le tapis rouge devant elle.

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  • 10 propositions du M’PEP pour réindustrialiser la France.

    12 octobre 2014 10:08, par Gérard CORDIER, métallo FIVES-LILLE retraité

    -1- Produire en France, oui mais pas forcément acheter français... : Toyota, YKK... sont des exemples... ils embauchent des français et la Valeur Ajoutée, la richesse est créée en France.
    -7- Changer l’assiette des cotisations sociales... pourquoi  ?
    En attendant le point -6- dépérissement de la Bourse, OUI pour les produits financiers.
    Par contre l’EBE, c’est la Valeur Ajoutée moins la Masse Salariale, c’est la Plus-Value et là il faut appuyer les luttes syndicales pour que le rapport 45-55% revienne à 20%-80% et moins. Dans ce cas plus besoin de taxer l’EBE.
    Le CNR avait vu juste.
    Tout ceci à condition de sortir de l’UE, de l’Euro, et de la mafia financière..
    Car une des causes qui déséquilibre le budget des ménages, c’est la proportion "Fabriqué en France ou non." Or le Bâtiment "loyer et charges" ne peut être délocalisé, une des causes de la misère en banlieue !

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