300 jours de colère
janvier 2007
Auteur : par webmaster
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300 jours de colère

La liquidation d’une filature lilloise
Filmée par Marcel Trillat

En juin 2001, les 123 salariés d’une petite entreprise lilloise débutaient une lutte pour obtenir un véritable plan social. Marcel Trillat a suivi pendant neuf mois cette petite foule sentimentale et révoltée qui refusait de capituler ...

Dans le bureau désormais vide du directeur de l’usine, il reste au mur une photographie du "bon temps". Quelques personnes endimanchés dont le sourire s’est figé à jamais. "C’était l’époque où on faisait la fête pour les médaillés du travail, commente un ouvrier, on serrait la main du directeur... C’était le temps où on y croyait..." Le "bon temps", pour les 123 salariés de la petite filature d’Hellemmes, propriété du groupe Mossley, dans la banlieue lilloise, s’est arrêté brusquement le 22 juin 2001, à la veille des vacances scolaires. Ce jour-là, les délégués du personnel, convoqués au Tribunal de Commerce, apprennent abasourdis la mise en liquidation judiciaire de l’usine. Aussitôt, le directeur quitte précipitamment le navire, ses dossiers sous le bras, après avoir effacé la mémoire de son ordinateur. À Hellemmes, les "123" ont du mal à encaisser les conditions qui leur sont faites : 8 500 F d’indemnités pour 10 ans d’ancienneté, 18 000 F pour 20 ans... Tout juste le minimum prévu par la Convention du textile. Passé le premier moment d’effarement, on s’organise, les "123" occupent leur usine et montent la garde autour d’un véritable "trésor de guerre" : 700 tonnes de fil, 20 milliards de francs. "En cas d’intervention, on inonde tout. C’est plus correct et moins dangereux pour la population que le feu". Déjà cette modération dans la détermination qui, au fil des mois, va forcer le respect de tous : inspecteur du travail, liquidateur judiciaire et même... gendarmes. Les mois passent. La détermination ne faiblit pas, malgré la lassitude. Dernière négociation. Et une indemnité complémentaire de 80 000 F arrachée après 10 heures de lutte acharnée. À peine l’accord signé, les avocats de Mossley se sont mis au travail pour trouver une parade. Une plainte et une condamnation plus tard, on en est toujours au même point. C’est tout juste si le liquidateur a pu payer 10 000 F sur la vente des machines. Sur les 123 salariés d’Hellemmes, 61 n’ont reçu aucune proposition de la Cellule de reclassement. 33 ont entrepris un stage sans garantie d’emploi. deux autres filatures du groupe, Lomme et Tourcoing, sont actuellement sur la corde raide...

L’action Mossley-Badin est passée fin 2000 de 9,5 à 15,35 euros et se maintient depuis à 16 euros. La santé du groupe est florissante. Les pertes de ses dernières années - 1998 exceptée - sont attribuées au coût des licenciements...