Débusquer le néolibéralisme à la française


Résumé

Il existe un renouveau libéral proprement français, qui n’est pas importé de l’étranger, et qui est le versant français du néolibéralisme. Le M’PEP veut le débusquer et montrer la connivence entre ces nouveaux libéraux de droite (UMP et MODEM) et la majorité des dirigeants du Parti socialiste, encouragée dans ses fourberies par une partie de la gauche prétendument « radicale », mais purement incantatoire.

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DEBUSQUER LE NEOLIBERALISME A LA FRANÇAISE

Les politiques néolibérales, en France, commencent à se mettre en œuvre peu après l’élection à la présidence de la République de Valérie Giscard d’Estaing, en 1974. Mais c’est au début de l’année 1983 que la France a perdu la maîtrise de son destin. La décision d’arrimer le franc au mark, et d’engager le pays dans la « désinflation compétitive », marque la ruine des espérances nées de l’élection de François Mitterrand à la présidence de la République le 10 mai 1981.

Pourtant, pendant les quelques mois qui suivent 1981, la gauche au pouvoir mène une politique de réformes structurelles, dont des nationalisations, de relance économique et sociale et de démocratisation. La « contrainte extérieure », c’est-à-dire les politiques néolibérales appliquées par les autres pays depuis 1979, et les spéculations financières et monétaires qu’autorisait depuis quelques années le dogme libéral de la libre circulation des capitaux, est alors le prétexte avancé pour mettre un terme à l’expérience de la gauche. Avec les plans d’austérité de Jacques Delors en 1982 et 1983, la majorité du Parti socialiste se convertit alors aux thèses néolibérales et à celles du monétarisme.

Ce choix de la rigueur, mené depuis sans discontinuer par tous les gouvernements qui se sont succédés en France depuis 1983, n’a jamais donné les résultats promis. La compression des salaires, la diminution des prestations sociales, la baisse des dépenses sociales publiques, le retrait de l’État de l’activité économique, les privatisations, le subventionnement public massif des entreprises, le contrôle de l’inflation : rien n’y a fait, la situation est pire qu’avant ! La politique qui consiste à importer moins, car on a asséché le pouvoir d’achat des Français, et à exporter davantage, est possible lorsqu’un seul pays la mène. Mais comme tous les pays du monde se sont fixés la même priorité aux exportations, le résultat est un jeu à somme nulle. Les Etats préfèrent alors, de fait, maintenir chez eux un chômage élevé plutôt que de prendre des mesures protectionnistes qui permettraient de protéger leur marché intérieur d’importations abusives.

La fuite en avant européiste a eu pour fonction de masquer cette déroute. La mystique européenne devient alors le substitut au « changer la vie » que prônait le PS. La suite est connue : Maastricht et ses critères, Amsterdam et son pacte de stabilité, la monnaie unique et, pour couronner le tout, le Traité constitutionnel européen et son avorton « modifié ». Autant d’étapes qui ligotent toujours un peu plus les nations européennes en les enfermant dans le néolibéralisme.

L’ « Europe » est le cheval de Troie de la mondialisation sur le continent, l’alibi de toutes les décisions régressives prises depuis vingt ans. Le discours européiste est devenu le langage commun obligé des « élites » de gauche et de droite, et même d’une partie de la gauche « radicale » bien-pensante. Il rassemble désormais une couche sociale technico-médiatico-bureaucratique de parvenus, prétendus « experts » issus de la haute administration ou de l’université, identifiables au premier coup d’œil à leur mine satisfaite (les prébendes sont généreuses) et à l’importance dont ils se créditent dans la conduite du monde vers sa modernité.

Cette monstrueuse usine à gaz bureaucratique, ce système de Bruxelles, est-il promis à un long avenir ? Ce n’est pas certain. Le voile des illusions se déchire. La perception de la mondialisation dans ses dimensions globales et européennes se fait de jour en jour plus précise. La gauche française vient de se briser sur cet écueil. Son échec électoral la contraint désormais à une remise en cause des problèmes de fond : soit rompre avec la dérive engagée depuis vingt ans, soit assumer la dérive et brandir fièrement le drapeau du mondialisme libéral.

La mondialisation, et son corpus idéologique qui est le néolibéralisme, présente des facettes multiples perçues de façons très diverses par les citoyens, en fonction de leur statut social, de leurs préoccupations ou de leur formation spécifiques. D’où des visions multiples du phénomène qui ne sont pas articulées les unes aux autres dans un ensemble cohérent. Il est clair que la compréhension des causes de la mondialisation vient en amont de toute ambition politique. Sans cette compréhension, la médiocrité, les discours creux, l’impuissance masquée par une communication frénétique, la poursuite de la marche vers le néant va se poursuivre. La politique restera un théâtre d’ombres.

C’est pourquoi le M’PEP veut mettre les pieds dans le plat. Des textes seront publiés, des initiatives seront prises, une campagne de conférences-débats sera organisée dans toute la France. Pour décontaminer les esprits.