Droit opposable à l’emploi 5 : Ou et comment créer les emplois ?
vendredi 18 janvier 2013
Auteur : par Texte du Parti de l’émancipation du peuple (ex. M’PEP)

Si l’on admet le raisonnement selon lequel le travail permet de produire les richesses qui répondent aux besoins sociaux, et que l’on estime que d’immenses besoins ne sont pas satisfaits dans la société ; alors il y a du travail et des emplois à occuper pour les 3,3 millions de personnes dont nous avons vu que le salaire pouvait être aisément financé.

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 DROIT OPPOSABLE A L’EMPLOI 5 : OU ET COMMENT CRÉER LES EMPLOIS ?

Par le Mouvement politique d’émancipation populaire (M’PEP).

Le 18 janvier 2013.

Le 5e et dernier épisode du feuilleton consacré au « droit opposable à l’emploi » proposé par le M’PEP vous est aujourd’hui diffusé : « Où et comment créer les emplois ? ».

Épisodes précédents

 OU ET COMMENT CRÉER LES EMPLOIS ?

SOMMAIRE

I.- CES EMPLOIS SERONT CRÉES ESSENTIELLEMENT DANS LE SECTEUR NON-MARCHAND

A.- C’est dans le secteur non-marchand que se développe la production de valeurs d’usage pour répondre aux besoins humains
1.- Un double élargissement de la notion de travail
2.- La production de valeurs d’usage
3.- Un besoin de démocratie, participative et représentative, pour permettre la délibération publique sur les besoins à l’origine des emplois
B.- Plus de 3 millions d’emplois pour répondre aux besoins de la population
1.- L’environnement
2.- La vie quotidienne
3.- La culture
4.- La convivialité
5.- Le développement micro-local
6.- La démocratie
7.- Quels employeurs ?
C.- Création du Service public national décentralisé de l’aide aux familles

II.- UNE GESTION DU DROIT OPPOSABLE A L’EMPLOI DECENTRALISEE A L’ECHELLE DES BASSINS D’EMPLOI ET DE VIE

 TEXTE COMPLET

 I.- CES EMPLOIS SERONT CRÉES ESSENTIELLEMENT DANS LE SECTEUR NON-MARCHAND

Si l’on admet le raisonnement selon lequel le travail permet de produire les richesses qui répondent aux besoins sociaux, et que l’on estime que d’immenses besoins ne sont pas satisfaits dans la société ; alors il y a du travail et des emplois à occuper pour les 3,3 millions de personnes dont nous avons vu que le salaire pouvait être aisément financé.

 A.- C’est dans le secteur non-marchand que se développe la production de valeurs d’usage pour répondre aux besoins humains

Dans la société capitaliste, le travail est conçu comme une activité dans le secteur marchand, certes nécessaire à la production des biens et services, mais exercée par des travailleurs-marchandises, pour le profit privé dans le cadre d’un contrat de travail qui subordonne le travailleur à l’employeur. Ce qui compte n’est pas la satisfaction des besoins sociaux mais la solvabilité des individus pour alimenter le profit privé.

L’éloge de l’emploi dans le secteur non-marchand doit être résolument entrepris. Les services non-marchands créent de l’utilité, de la valeur d’usage pour la population, mais pas de valeur d’échange contenant un profit pouvant être capté par des individus ou groupes privés. Voilà la raison du pilonnage permanent contre les services publics. Pour accepter l’idée du droit opposable à l’emploi, il faut se libérer l’esprit de la pollution marchande et réapprendre à penser librement et simplement : c’est dans le secteur non-marchand que la société avance. Il faut donc comprendre ce que non-marchand veut dire.

 1.- Un double élargissement de la notion de travail

Un double élargissement du travail doit être envisagé avec le droit opposable à l’emploi, pour l’immédiat et le lointain : à la production de soi-même et à la production de société.

Se produire soi-même, ce sont des activités rémunérées « normalement » pour se former, s’éduquer, se cultiver, pratiquer des activités artistiques ou sportives… toutes choses absolument et radicalement éloignées de la marchandise, de la compétition, de la concurrence…

L’importance sociale de la production peut donc être réduite. Elle ne devient qu’un moment subordonné dans l’ensemble des activités sociales des individus. Il ne s’agit pas seulement de libérer la production, mais aussi de se libérer de la production en cessant d’en faire l’axe de gravitée des activités sociales et de l’action des individus aux multiples connexions sociales librement assumées. Il faut donc se sortir de la fascination du travail tel que nous le connaissons dans sa forme rabougrie d’aujourd’hui dans le système capitaliste.

C’est ainsi que la manière dont on produit peut être également une valeur d’usage aussi importante que ce que l’on produit. Satisfaire le producteur peut être un objectif de la production aussi important que celui de satisfaire le consommateur. Autrement dit, avoir une société plus solidaire et fraternelle vaut certainement le sacrifice de quelques unités supplémentaire de « choses produites ».

Deuxième élargissement du travail : la production de société. De multiples besoins restent aujourd’hui insatisfaits parce que le secteur privé ne les juge pas rentables : par exemple dans des domaines anciens comme la santé ou l’éducation, et dans des domaines nouveaux comme la protection de l’environnement ou les services à la personne. De nombreux emplois peuvent être créés à condition de cesser de les considérer comme improductifs – ils seront créés en fonction de leur utilité sociale et non de leur rentabilité – et à condition de renoncer à les concevoir uniquement à l’échelle étatique, même s’il faut un cadre juridique national.

La production de société, c’est l’occupation d’emplois qui favorisent la démocratie, la transparence de la vie publique, l’information et la participation des citoyens, la solidarité… On ne voit souvent en effet, dans la production, que la chose produite. On oublie que la production est en même temps production et reproduction de rapports sociaux, production et reproduction des rapports des hommes entre eux, et, par le même mouvement, de leur rapport à la nature.

La production et le travail ne sont pas aliénants par eux-mêmes. C’est, en effet, à la base, l’activité humaine qui a pour but l’obtention de valeurs d’usage, c’est-à-dire ce qui permet de satisfaire les besoins humains. Toutes les sociétés humaines connaissent, ont connu et connaîtront encore longtemps la production de leurs moyens d’existence. C’est le cadre social dans lequel s’opère cette production et les finalités assignées à celle-ci qui changent et font l’objet de projets de société différents.

Il ne faut donc pas confondre le travail comme créateur de valeur d’usage et le travail comme catégorie imposée par le capitalisme pour produire des marchandises, c’est-à-dire des valeurs d’échange.

 2.- La production de valeurs d’usage

Tout bien ou service, par exemple une chaise et la leçon de l’instituteur ou de l’institutrice, possède nécessairement une valeur d’usage et éventuellement une valeur d’échange.

Si je fabrique moi-même une chaise, pour mon usage personnel, avec des matériaux de récupération, dont aucun n’a été acheté, sa valeur d’usage est l’utilité que j’y trouve : pouvoir m’asseoir dans certaines conditions de confort. Cette chaise ne possède aucune valeur d’échange, car je ne l’ai pas achetée ni aucun de ses composants, et je ne souhaite pas non plus la vendre : elle n’a donc pas de prix.

En revanche, si j’achète une chaise, elle aura la même valeur d’usage que celle que j’ai produite – son utilité – mais elle aura de surcroît une valeur d’échange qui sera le prix que je l’aurais payée.

Avec la valeur d’usage, ce n’est pas le prix qui compte, c’est l’utilité individuelle ou collective que l’on trouve au bien ou service produit. Même sans valeur d’échange il y a bien production, création de richesse et satisfaction de besoins.

Dans les sociétés modernes les choses sont plus complexes, et rares sont ceux qui peuvent produire des valeurs d’usage intrinsèques, dégagées de toute valeur d’échange. C’est la raison pour laquelle on parle de « biens communs universels », mis en œuvre par des services publics. Ces derniers produisent des valeurs d’usage puisque certains services sont gratuits, ou font l’objet d’un tarif « économiquement non significatif ». Cette gratuité ou ce tarif « économiquement non significatif » ne sont cependant qu’une apparence, puisqu’il faut bien payer les équipements et les personnels, et qu’ils le seront, non par le prix mais par le financement collectif que sont les impôts ou les systèmes de protection sociale.

Dans le système actuel, ces valeurs d’usage sont combattues par le néolibéralisme précisément parce qu’elles ne sont pas marchandes et ne peuvent donc pas être l’occasion de profit, et qu’elles limitent, par leur seule présence, les possibilités d’extension de la sphère marchande.

Ainsi, la richesse, contrairement à une idée largement répandue, vient aussi du secteur non-marchand.

Les formes non-marchandes de production - et donc le travail qui s’y exerce - sont les plus vitales pour l’humanité. Si l’économie marchande doit nécessairement s’appuyer sur des besoins pour écouler sa production et réaliser des profits privés – quitte à inventer des besoins – l’économie non-marchande, elle, ne vise, dans son principe, qu’à produire des valeurs d’usage qui répondent aux besoins humains.

3.- Un besoin de démocratie, participative et représentative, pour permettre la délibération publique sur les besoins à l’origine des emplois

Quelles sont ces valeurs d’usage, et dans quel ordre et selon quelles priorités sont-elles produites, comment et par qui sont-elles décidées ? C’est là toute la question.

Seul un vaste débat démocratique peut permettre de recenser ces valeurs d’usage « socialement reconnues », les évaluer, les mettre en balance avec la quantité de « choses » qu’il faudra bien continuer à produire. Mais, plus encore, il faudra inventer les mécanismes institutionnels qui rendront ce processus permanent.

La délibération publique doit donc s’organiser sur les valeurs et la valeur. Il faut délibérer sur les valeurs et refuser de réduire la richesse à un simple exercice de mesure, lui-même correspondant aux catégories dominantes d’un économisme qui a coupé ses liens avec l’éthique et le politique.

Ces réflexions ont de nombreuses ramifications, qui ne seront pas développées ici, comme la place du marché dans la société – car il faut aussi du marché –, la définition précise de ce que l’on appelle les « biens communs universels » et la part de ce qui doit être gratuit ; l’extension du secteur non-marchand dans les pays pauvres comme moteur de leur développement.

En résumé, il faut admettre que les activités dans le secteur non-marchand sont créatrices de richesses dégagées de la recherche de l’accumulation du profit privé, qui vont permettre la satisfaction des besoins sociaux et la création d’emplois. Dès lors, les financements ne peuvent pas provenir des mécanismes habituels de l’économie marchande, mais de prélèvements par le biais de la fiscalité comme le M’PEP l’a proposé.

 B.- Plus de 3 millions d’emplois pour répondre aux besoins de la population

Ces 3,3 millions d’emplois seront créés, dans notre exemple (on peut aller bien au-delà) pour l’essentiel dans le secteur non-marchand (fonctions publiques d’Etat, hospitalière, territoriale ; associations ; syndicats ; mutuelles ; entreprises et groupements de fait à but non lucratif…), à la suite d’un débat public national et local pour en définir précisément les contours. Dans le secteur non-marchand, il est possible de créer des emplois de deux façons : par la réduction du temps de travail des salariés du secteur non-marchand (nous évaluons à 400 000 création d’emplois environ) ; par la création directe d’emplois financés sur fonds publics. Dans le même temps, les besoins de la population nécessitant, pour être satisfaits, la création d’emplois, il faut distinguer les structures de portage de ces emplois.

Deux approches doivent toujours être développées parallèlement : l’une horizontale (types d’emplois pouvant être créés afin de répondre à des besoins de la population) ; l’autre verticale (types d’organismes qui peuvent créer ces emplois en employer les salariés).

Alors quels types d’emplois créer ? Nous l’avons dit à plusieurs reprises, ce n’est pas le travail qui manque, c’est l’emploi. On peut identifier six grands types d’activités pour permettre de créer des emplois afin de répondre aux besoins individuels et collectifs de la population :
- l’environnement ;
- la vie quotidienne ;
- la culture ;
- la convivialité ;
- le développement micro-local ;
- la démocratie.

 1.- L’environnement

Les besoins sont immenses dans le domaine de l’environnement, nécessitant des centaines de milliers d’emplois pour protéger, réparer, entretenir, informer, surveiller, mesurer, former aux problèmes de l’environnement. Chacun, en observant autour de lui, peut se rendre compte des besoins : prévention, lutte contre la pollution, protection contre l’incendie, risques naturels, gestion des déchets… Le secteur de la protection et de la gestion des espaces naturels, par exemple, dans les 28 parcs naturels régionaux français, emploie environ 5 000 personnes. Il en faudrait entre 18 000 et 30 000.

 2.- La vie quotidienne

En la matière, le M’PEP propose la création d’un service public national décentralisé de l’aide aux familles, détaillé plus loin.

 3.- La culture

Il s’agit, par exemple, de l’aide aux associations culturelles, chorales, théâtres, festivals, etc., sous forme d’emplois salariés, et non de subventions financières supplémentaires.

 4.- La convivialité

On pense à la sécurité urbaine, à la sécurité routière, à l’assistance juridique, à la médiation, à l’animation de quartier, à l’entretien des bâtiments publics, à l’aide aux associations…

 5.- Le développement micro-local

Le développement local concerne le tourisme rural, le maintien des commerces, les emplois agricoles intermittents, l’aide à la création de micro-entreprises aidées…

Prenons l’exemple de l’agriculture. Depuis une cinquantaine d’années, la productivité agricole a considérablement augmenté. Mais l’impact sur l’environnement a été très négatif : pollution de ressources en eau, accélération des inondations et sécheresses, dégradation des sols, contamination photochimique, destruction de paysages, produits alimentaires peu fiables... De surcroît, le nombre d’emplois directs dans l’agriculture a baissé de 70%. Quant aux emplois indirects (transformation, intrants...), ils ont été progressivement centralisés, aux dépens de l’économie et de l’emploi rural. Plusieurs études ont montré l’intérêt, en termes d’emplois, de l’application de méthodes agricoles respectueuses de l’environnement. C’est le cas, en particulier, de l’agriculture biologique, qui nécessite de 10 à 30% d’emplois supplémentaires, de quoi créer plusieurs dizaines de milliers d’emplois. Les produits de l’agriculture biologique nécessitent aussi plus d’emplois dans le tri, la transformation, le conditionnement. En général, ces emplois peuvent être créés dans le milieu rural, et certains dans le secteur marchand.

Les emplois à créer dans les secteurs agricoles à reconquérir où les déficits pèsent lourd dans la balance commerciale : horticulture, élevage des ovins, viande chevaline, légumes frais, cassis, chanvre, châtaignes et marrons, framboises, groseilles, myrtilles et airelles, haricots secs, lentilles, lin, noisettes, pois chiche, rhubarbe, pêches, tabac, huiles et corps gras...

Les fermes éducatives pour l’accueil des enfants.

Autre exemple : les emplois créés par « l’économie solidaire » en zones rurales ou de montagne : halte-garderie à participation parentale ; transport scolaire…

Il est parfaitement possible, dans un autre domaine, de créer des activités non-marchandes pour aider à créer des emplois marchands ! C’est le cas avec la création d’entreprises, les projets dormants, les projets de développement, la réduction du temps de travail, les groupements d’employeurs…

Le développement local, c’est aussi l’éducation, la formation et l’insertion.

Enfin, le développement local ce sont les services publics.

 6.- La démocratie

Il s’agit d’emplois de citoyenneté. Ce sont des fonctions nouvelles, liées à une étape supérieure de notre organisation démocratique. Ce sont des fonctions d’interface entre les individus ou les groupes et les institutions. Ce sont des fonctions liées à la transparence de la vie publique, à l’information et à la communication. Ce sont des fonctions de création de citoyenneté, d’enquêtes, d’études, d’animation de réunions et de vie démocratique participative. Ce sont des fonctions liées au développement durable. Ces choses viendront. Il faudra les faire venir. Toutes ces fonctions ne devront pas être gérées pour le compte de tel ou tel acteur local. Elles devront être gérées par la communauté locale elle-même. Le choix de l’employeur devra donc éviter les risques de clientélisme, népotisme, instrumentalisation...

 7.- Quels employeurs ?

Les employeurs peuvent être des associations, des sociétés d’économie mixte (SEM), des structures intercommunales, des structures à inventer, etc. Il faut y ajouter les fonctions publiques (d’Etat, territoriale et hospitalière) et le secteur public.

 C.- Création du Service public national décentralisé de l’aide aux familles

Il existe aujourd’hui, pour les personnes qui ne peuvent s’offrit le luxe de rémunérer un salarié, l’Allocation personnalisée d’autonomie (APA). Elle est versée pour financer le recours aux services à la personne comme l’aide à domicile. Un million de personnes en bénéficient : 60% d’entre elles résident à domicile. Ces emplois sont logés dans des associations, des services d’aide à domicile, ou par l’embauche directe d’un salarié.

On ne peut pas dire que cette mesure favorise systématiquement les « riches » : des ménages aux revenus moyens en bénéficient. Mais le système reste contestable dans le sens où il ne crée pas une égalité suffisante entre toutes les familles qui auraient besoin d’employer un salarié à domicile. Pour parvenir à cette égalité, un service public national décentralisé de l’aide aux familles doit être mis en place. Sa gestion serait décentralisée et ses instances seraient majoritairement composées de représentants des syndicats, des élus et des familles. Pourraient en bénéficier ceux qui auraient des besoins dans les domaines suivants : ménage, repassage, cuisine, aide aux devoirs, garde des enfants, aller chercher les enfants à l’école, aide aux personnes âgées, aide aux handicapés, aide à la gestion administrative des familles… Les salariés de ce service public de l’aide aux familles disposeraient d’une convention collective nationale. Des contrats pourraient être passés avec des entreprises locales à but non lucratif.

 II.- UNE GESTION DU DROIT OPPOSABLE A L’EMPLOI, DÉCENTRALISÉE A L’ÉCHELLE DES BASSINS D’EMPLOI ET DE VIE

Si la façon de faire la politique s’oriente véritablement dans la direction de la souveraineté populaire ; si le droit opposable à l’emploi est décidé : alors les « territoires » peuvent devenir de nouveaux espaces de liberté. Par territoires, nous entendons les lieux chargés d’histoire et de vie dans lesquels nous habitons, travaillons, avons nos d’amis, exerçons nos droits et devoirs de citoyens… Le territoire n’est pas une entité administrative supplémentaire. C’est une réalité politique - un construit - mobile, changeante, flexible, dynamique. Elle est réalité politique parce qu’elle procède des acteurs du terrain.

La création de ces 3,3 millions d’emplois (dans notre exemple) ne peut résulter que de dynamiques à l’échelon des bassins d’emploi et de vie. Il n’existe pas, aujourd’hui, de véritable coordination entre l’Etat et les collectivités locales en matière de développement économique et de lutte contre le chômage, pas plus qu’avec les syndicats, les associations et le patronat.

Les syndicats et le patronat, à travers l’UNEDIC, pourraient saisir l’occasion de changer de stratégie : ils passeraient de la gestion du chômage à la gestion de l’emploi. Ils passeraient du huis clos actuel à l’investissement dans les territoires. En participant au financent d’emplois dans le secteur non-marchand, ils contribueraient ainsi à recréer du salariat stable.

C’est pourquoi une nouvelle organisation démocratique est nécessaire dans les territoires. Dans ce cadre, le « bassin d’emploi et de vie », instance intercommunale, est appelé à jouer un rôle crucial. Il doit devenir lieu de création, cadre d’une stratégie de développement menée par une communauté d’acteurs locaux capables de la mettre en œuvre dans ses dimensions économiques, technologiques, mais aussi sociales, culturelles, environnementales, démocratiques et politiques.

Grâce au droit opposable à l’emploi, les collectivités locales pourront remplacer une politique d’aides directes ou indirectes aux entreprises destinées à abaisser leurs coûts, par une politique globale et régionalisée propre à soutenir les stratégies convergentes des entreprises et des autres acteurs, mais dans le but de répondre aux besoins de la population.

La coordination de tous les acteurs, au sein d’instances transparentes dans les bassins d’emploi, réduirait les saupoudrages, les dysfonctionnements et les gaspillages, et permettrait une forte cohérence des interventions.

Qui peut décider de créer des emplois dans le secteur non-marchand ? Le M’PEP est convaincu que des instances à organiser ou existantes, dans les bassins d’emploi, seraient les mieux placées pour prendre ces décisions. Les avantages seraient nombreux : transparence, débats contradictoires, suivi des évolutions, possibilité d’écarter les risques de concurrence déloyale avec le secteur privé, etc.

Des instances dans les bassins d’emploi pourraient fort bien décider de créer des emplois dans le secteur non-marchand à partir d’un seul critère : satisfaire des besoins. Les décisions seraient prises à la suite d’une discussion publique.

Une fois ces principes posés, restent à définir les modalités pratiques de fonctionnement du droit opposable à l’emploi. Un champ immense de réflexions et d’expérimentations s’ouvre alors. Imaginons quelques points :

Le travail, nous l’avons vu, est une activité créatrice de valeur permettant de répondre à nos besoins et désirs. Ces besoins concernent les personnes (et les familles), les entreprises et les territoires. En répondant à ces besoins et désirs, la qualité de la vie et le bien-être général seraient améliorés. Tentons alors de provoquer des « éruptions créatrices », comme le disait le poète Aimé Césaire. Identifions, par la mobilisation de tous, l’ensemble de ces besoins et désirs. Dans chaque commune, dans chaque bassin d’emploi. Nous disposerons ainsi, de manière permanente, d’un très grand nombre d’emplois potentiels, plus nombreux que le nombre des chômeurs. L’ANPE, associée à l’AFPA, pourrait alors se voir confier une nouvelle mission : celle d’enregistrer ces offres d’emploi, de les « peser », de construire les cursus de qualification, les statuts…

Les restructurations industrielles et licenciements économiques se poursuivent depuis des années, sans qu’il ait été possible d’enrayer l’hémorragie. Ils vont se poursuivre si une majorité politique volontaire n’y met pas un terme. Le mouvement syndical a été battu : aucun succès significatif n’a été enregistré permettant d’inverser les logiques et stratégies industrielles. La « négociation » ne porte plus que sur les « plans sociaux », à base de « mesures d’âge ». Le droit opposable à l’emploi apporterait la sécurité aux salariés de ces industries. Au lieu de licenciements secs et de mesures d’âge, ils pourraient choisir de rester actifs grâce au droit opposable. Leur compétence et leur expérience professionnelle – détruites ou niées aujourd’hui – seraient utilisées par la mise à disposition de PME, de l’Education nationale, de centres de formation… Ces possibilités ne s’opposent évidemment pas à la nécessité, pour les organisations syndicales, de continuer à peser sur les choix stratégiques des entreprises. D’ailleurs, cette sécurité de l’emploi, grâce au droit opposable à l’emploi, jouerait un rôle positif dans la mobilisation des travailleurs au sein des entreprises…

Les jeunes qui sortent de l’école, après par exemple six mois de recherche infructueuse d’un emploi, pourraient se voir proposer des emplois dans le cadre du droit opposable à l’emploi.

Ce droit opposable à l’emploi serait aussi un statut du pluriactif pour ceux qui le souhaiteraient. Il deviendrait possible d’exercer parallèlement plusieurs activités, privées et publiques, être salarié et chef d’entreprise, etc. Quelques règles fondamentales devraient présider à sa conception. Citons par exemple :

  • éviter que des emplois créés dans le secteur non-marchand suppriment des emplois dans le secteur marchand ;
  • veiller, là où c’est possible, à la transformation d’emplois dans le secteur non-marchand en emplois marchands ;
  • transparence absolue des financements, décisions, etc. ;
  • pluralité absolue dans le pilotage afin d’éviter les risques d’étatisation, de clientélisme, etc. ;
  • évaluation régulière des performances des emplois par des organismes indépendants.

Une telle injection de pouvoir d’achat, de confiance et de sécurité se traduirait en consommations utiles supplémentaires (une augmentation de la demande pour répondre aux besoins de base) qui relanceront l’activité économique des bassins d’emploi dans des secteurs non-polluants si les explications et les mesures nécessaires sont prises. Il ne s’agit pas non plus de développer la consommation pour la consommation. Les entreprises privées, du coup, embaucheront.

Réfléchissons à ceci. Quand, par exemple, l’automobile va bien, tout le monde dit que c’est un signe de bonne santé économique. Mais c’est l’accablement lorsque les dépenses de santé, d’éducation ou de retraite augmentent. Pourquoi ? Parce que c’est bien de dépenser de l’argent dans les voitures, et que c’est mal de dépenser dans sa santé ? Réponse : les dépenses de santé, de retraite et d’éducation sont socialisées, elles viennent des impôts et des cotisations sociales. Il n’y a pas de marché et personne ne peut faire du profit privé sur ces activités (globalement, et pour l’instant). Pourtant, avec l’allongement de l’espérance de vie et les progrès des techniques et des sciences, il est normal de dépenser plus dans la santé, l’éducation, et les besoins de toutes natures des citoyens. C’est excellent pour le développement des individus et de la société ! C’est ce que permet le secteur non-marchand.

 Conclusion

Les emplois à créer dans le cadre du droit opposable à l’emploi reposeront sur les besoins individuels et collectifs de la population. Toute la question sera celle de la manière de mettre au jour ces besoins, de les définir, de déterminer des priorités entre ceux qu’il convient de satisfaire en premier et ceux qui peuvent encore attendre un peu. Seule la délibération publique peut y parvenir. Encore conviendra-t-il de l’organiser pour qu’elle soit vraie, libérée de toute emprise des acteurs locaux, même si ces derniers doivent en faire partie. Ils devront comprendre que la délibération publique sur les besoins de la population est un exercice de souveraineté populaire. Un exercice essentiellement politique.


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Forum de l'article  -2 Messages

  • Droit opposable à l’emploi 5 : Ou et comment créer les emplois ?

    19 janvier 2013 12:32, par François Fabregat

    Félicitations pour cette série de 5 articles très clairs et compréhensibles.
    L’ensemble mériterait d’être édité en brochure à l’intention de ceux qui ne disposent pas d’internet.
    Je vous encourage à continuer ce travail qui contribue à l’émancipation
    Sentiments cordiaux et fraternels
    François Fabregat

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  • Droit opposable à l’emploi 5 : Ou et comment créer les emplois ?

    31 janvier 2013 11:11, par Décaillot Maurice, économiste

    Bonjour !
    Voici quelques remarques sur votre article.
    Nous sommes ans une vraie crise, fondamentale, du système marchand capitaliste.
    Comment pouvez vous encore croire que, en "injectant du pouvoir d’achat", les entreprises (capitalistes) "embaucheront" ? Elles feront comme depuis des siècles : capter les débouchés, accélérer la concurrence, écraser les salaires et les emplois, dévaloriser les produits, casser les revenus, saboter les équilibres sociaux.
    Les collectivités locales devraient-elles encore, après les innombrables et coûteuses déceptions subies, soutenir des entreprises capitalistes dans un tel contexte ?
    N’est-il pas temps de comprendre que notre époque est celle d’un naufrage mondial du capitalisme ? Que compter dans un tel contexte sur une économie solidaire cantonnée aux garderies sociales est bien insuffisant ? Que le temps doit venir dès maintenant d’une économie coopérative équitable et solidaire, d’activités publiques démocratiques, d’initiatives locales innovantes, concrètes, cohérentes, équitables, efficientes, solidairement autogérées, convaincantes, rassembleuses, base nécessaire de mouvements sociaux actuels ?
    Dans cette perspective, des suggestions concrètes, trop ignorées, sont pourtant disponibles.

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