L’égalité entre les hommes et les femmes


Résumé

C’est dans l’observation de la différence des sexes que Françoise Héritier situe le fondement de toute pensée. Mais les hommes ont hiérarchisé cette différence. Ce sont eux la norme. Beaucoup de femmes aussi ont intériorisé cette norme. Ils se sont réservés les rôles importants dans la vie sociale, politique, religieuse et trouvent toujours de bons prétextes pour ne pas partager ce qu’ils ont depuis des lustres. Les deux piliers de la domination masculine résident dans le contrôle social de la fécondité des femmes et dans la division du travail entre les deux sexes.

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L’EGALITE ENTRE LES HOMMES ET LES FEMMES

De cette position inférieure attribuée aux femmes, les femmes sont les grandes perdantes, mais les hommes en pâtissent aussi : le développement d’un pays est toujours lié à la place des femmes. Si le pouvoir en Afrique excluait moins les femmes, les pays d’Afrique n’auraient peut-être pas abandonné les cultures vivrières produites par les femmes. Cet abandon des cultures vivrières, sous la pression du FMI, au profit des cultures d’exportation a une incidence sur la récession dans ces pays.

Depuis toujours les tâches assignées aux femmes ont été dévalorisées et inversement les tâches dévalorisées ont été dévolues aux femmes. Comme ces tâches étaient dévalorisées, elles étaient peu ou pas payées. La plupart ne rentrent toujours pas dans le calcul du PIB, comme ne rentrent pas dans le calcul du PIB, la majorité de l’activité humaine. Evidemment la rapacité du capitalisme tend à faire entrer de plus en plus d’activités dans le secteur marchand pour récolter sa dîme au passage. Mais les tâches bénévoles et fondamentales des femmes (comme certaines activités des hommes) sont indispensables à la survie de notre société, bien que hors du secteur marchand. Il ne s’agit pas de faire rentrer les tâches ménagères et familiales et bien d’autres activités dans le calcul du PIB, mais de reconnaître que le PIB est un indice qui correspond au secteur commercial et qui a ses limites. Les femmes démontrent jour après jour que l’essentiel de la vie se situe et se situera toujours hors du secteur marchand : elles démontrent que la gestion de la vie commune, la politique, se situe bien en amont du secteur marchand donc de l’économie. Nous devons être interpellés par le fait que les femmes démontrent l’importance du secteur non marchand. Plus le secteur marchand empiète sur le secteur non-marchand, plus la vie des femmes est difficile. Un des moyens pour changer le fonctionnement de la politique est la parité dans les listes électorales. Pour que cette parité aboutisse, il faut que le maximum d’élections se fasse sur listes, en premier les élections législatives. (18,5 % de femmes à l’assemblée nationale : on a vu sur ce point que les partis politiques préféraient payer l’amende plutôt de présenter au moins 48 % de femmes).

Et nous devons lutter contre la très grande inégalité entre les hommes et les femmes dans la répartition des tâches : aux femmes sont dévolues la plus grande part des tâches bénévoles et, dans le secteur marchand, les tâches les moins payées.

Les inégalités dans le travail, entre les hommes et les femmes, se font sentir à plusieurs niveaux :

L’embauche, la carrière, les salaires, la retraite (âge et montant).

 L’embauche

Dans certains métiers (restauration, ingénieur, etc.), par tradition, les hommes en place choisissent à l’embauche en priorité des hommes : Il est très difficile à une femme se sachant discriminée de le prouver et encore plus de faire appliquer la loi, quand elle est recherche d’emploi parce qu’elle se trouve alors en position de faiblesse. De plus il y a un effet boule de neige. Les femmes sachant que certains débouchés leur sont bloqués s’autocensurent :

Il faut un observatoire des inégalités sexistes qui favorise l’application de la loi sur les discriminations à l’embauche. La Halde (Haute Autorité de Lutte contre les Discriminations et pour l’Egalité) n’a pas prouvé une efficacité foudroyante, elle mène de front toutes les discriminations et s’appuie sur le volontariat des entreprises. Elle n’a pas de pouvoir d’investigation. Le rôle d’un observatoire des inégalités sexistes serait de conseiller les femmes sur la validité des arguments qu’on leur oppose à l’embauche, donner des conseils juridiques, faciliter les recours juridiques individuels ou des associations et se constituer partie civile. Il faut que cet observatoire puisse s’appuyer sur des testings pour faire la preuve de discriminations. Il faut aussi que cet observatoire puisse intervenir directement auprès des entreprises discriminantes. Il pourrait être composé de personnes nommées par les députées, parmi les députées, les syndicalistes femmes, des juristes femmes et hommes, des représentantes des associations féministes, de représentantes de parents d’élèves.

Il est très difficile pour les femmes qui veulent exercer certains métiers de le faire individuellement : c’est pourquoi, il semble nécessaire d’instaurer des quotas pour faire évoluer l’embauche des femmes pour ces métiers. En Norvège, les quotas de femmes aux CA des entreprises ont porté leurs fruits. Il faut créer des quotas minimums, dans les entreprises, comme il existe des quotas pour handicapés pour que certains métiers, réservés de fait aux hommes s’ouvrent aux femmes. On peut proposer, pour chaque métier où les femmes sont sous-représentées, sans raison physique valable, un quota minimum de 25% de femmes par entreprise. Si ce quota n’est pas atteint dans l’entreprise et pour ce métier, une femme devrait être embauchée prioritairement.

 La carrière

Dans toutes les professions, les postes élevés sont occupés à majorité par des hommes : le même observatoire devrait permettre de lutter contre la discrimination sexiste dans le choix des promotions.

 Les salaires

Outre que la carrière des femmes est inférieure à celle des hommes, on les cantonne dans des métiers, dits féminins où les salaires et le taux d’emploi sont inférieurs à ceux des métiers dits masculins. Les salariés touchants moins que le SMIC sont à 80% des femmes. : Il faut une loi interdisant les temps partiels imposés quand cela n’est pas nécessaire. Il faut revaloriser le SMIC.

 La retraite

Les inégalités entre femmes et hommes pour la retraite sont le résultat des cumuls des inégalités de carrières et de salaires : les femmes prennent leur retraite beaucoup plus tard que les hommes et cette retraite est bien inférieure à celle des hommes :

86 % des hommes prennent leur retraite à 60 ans (4 % après 65 ans) contre 52 % des femmes à 60 ans (36 % après 65 ans).

37 % des femmes âgées de 75 à 79 ans touchent une retraite complète contre 85 % des hommes de la même tranche d’âge. En 2006, le montant moyen de la retraite des hommes était 1 636 €, contre 1 020€ pour les femmes, y compris la réversion.

La loi de 2003 a aggravé cette situation : jusqu’à 2003, toutes les femmes fonctionnaires se voyaient comptabiliser 1 an de plus pour leur retraite par enfant élevé jusqu’à 16 ans. Cette compensation prenait en compte le fait que plus les femmes ont eu d’enfants, plus leur carrière s’en est ressentie. Cette compensation leur a été retirée rétroactivement. Cette année par enfant leur permettait de compenser la perte pour leur carrière due à la naissance de l’enfant. L’égalité entre hommes et femmes ne consiste pas à considérer qu’ils peuvent faire la même chose au même moment. Ainsi un enfant pour une femme, c’est neuf mois de grossesse, les conséquences d’un accouchement, les mois d’allaitement. A une époque où l’allaitement maternel est valorisé, il est particulièrement choquant que cette compensation ait été retirée aux femmes : pour les femmes fonctionnaires, il faut revenir sur l’article48 de la loi du 21 août 2003. (Les députées socialistes et communistes s’y étaient engagées). Pour la retraite du régime général, il existe 2 années de bonification par enfant, mais cela ne joue que sur le bonus ou le malus. Pour le régime général, il faut que la retraite des mères soit augmentée de 2,5% par enfant élevé jusqu’à 16 ans.