L’impasse des partis trotskystes


Résumé

Les partis trotskystes sont composés de Lutte ouvrière (LO), de la Ligue communiste révolutionnaire (LCR) et du Parti des travailleurs (PT). Le trotskysme a été fondé au moment de la révolution bolchévique, Trotski s’opposant à Lénine, notamment sur la question de la démocratie. Les trotskystes, victimes de purges staliniennes, ont construit leur identité contre le stalinisme et pour la démocratisation des pays socialistes. Après la disparition du monde soviétique, le trotskysme n’a plus de raison d’être.

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L’IMPASSE DES PARTIS TROTSKYSTES

C’est pourquoi la LCR, seule organisation trotskyste dans ce cas, est en train de s’éloigner du trotskysme, ce qui, d’ailleurs, lui pose des problèmes internes. Ces organisations sont aujourd’hui la survivance d’un passé révolu comme en témoigne leur schéma politique qui n’a pas varié depuis des dizaines d’années : la prise du pouvoir doit venir du « mouvement des masses » guidées par une « avant-garde ». Cette conception politique, en tout cas pour un pays comme la France, est caduque. D’autant que ces organisations n’ont conduit aucune lutte d’envergure et qu’elles ne sont pour rien dans les avancées sociales de ces dernières décennies. En fait, ces organisations ne veulent pas prendre le pouvoir ni l’exercer. Jamais mises à l’épreuve, ces organisations préfèrent le simple témoignage et la protestation, le verbe et la surenchère. Elles sont souvent verrouillées par les plus sectaires. Le seul antilibéralisme n’est pas un terrain suffisant pour permettre de fonder une dynamique de rassemblement. Au total, les trois partis trotskystes ne sont jamais parvenus à s’unir. Comment pourraient-ils, dès lors, s’unir aux autres ? Les choses sont limpides : ni la LCR, ni LO, ni le PT n’ont le moindre espoir de faire la révolution.

Au sein de la famille trotskyste, la LCR joue désormais un rôle particulier, Olivier Besancenot ayant remplacé Arlette Laguiller. Besancenot a réussi à concurrencer la popularité d’ « Arlette » puisqu’il obtient à la présidentielle de 2002 (4,27 %) et en mai 2007 (4,08 %), soit deux fois plus que LO et le PCF.

Forte de ces résultats, la LCR veut se transformer en « vrai » parti politique pour accueillir un public qui dépasse celui des petites formations d’extrême gauche classique. Il s’agit pour elle d’occuper l’espace laissé vacant à gauche par le Parti communiste qui a perdu sa fonction tribunicienne d’autrefois, et au Parti socialiste, qui ne cesse de faire des appels du pied au centre. C’est ce que confirme un dirigeant de la LCR : « Le PCF, comme le PRG, peut encore tenir une vingtaine d’années parce qu’il dispose de fiefs électoraux. Mais, comme force politique, il n’existe plus. C’est cet espace que nous voulons occuper. » D’autant que « Olivier », contrairement à Marie-George Buffet, mord bien au-delà de l’électorat traditionnel dévolu aux communistes.

La LCR a donc créé des « collectifs d’initiatives » ouverts aux « anonymes » et aux « déçus » des partis de gauche, qui, en juin 2008, seront partie prenante de l’ « assemblée constituante » chargée de fixer le programme et les statuts de la nouvelle formation. Le congrès fondateur est prévu fin 2008.

Le M’PEP désapprouve cette démarche pour les raisons suivantes :

  • Après la présidentielle de 2007, l’heure est à l’union et non à la division. C’est pourquoi l’initiative de créer un « parti anticapitaliste » devait être le fait d’un collectif d’organisations et non le fait d’une seule organisation demandant aux autres de se rallier.
  • La LCR appelle en fait au rassemblement autour d’elle. C’est ce que dit Christian Picquet, dirigeant minoritaire de la LCR, qui dénonce « un simple relookage ». Le problème de la LCR est simplement de réduire l’écart énorme entre son nouvel électorat (1 498 835 voix) et le niveau de ses forces organisées (2 900 adhérents en janvier 2006). En fait, l’opération consiste pour la LCR à changer de nom.
  • La construction de ce nouveau parti ne se fait pas sur des idées mais sur l’image d’Olivier Besancenot. C’est d’ailleurs lui qui draine des voix, pas la LCR ni son projet.
  • Ce sont en réalité les grands médias qui sont en train de « fabriquer » Olivier Besancenot et son « parti anticapitaliste ». Pour ne prendre que quelques exemples : une page entière dans Le Monde, le 12 décembre 2007, ¼ de page toujours dans Le Monde, le 27 décembre 2007, propagande quasi quotidienne dans Libération, multiplication des prestations audiovisuelles, sans rapport avec l’influence réelle de la LCR. La LCR intéresse la droite car elle peut prendre des voix, au premier tour, au candidat socialiste ; et la LCR intéresse aussi le Parti socialiste (c’est pourquoi ce parti a « donné » des signatures à Olivier Besancenot pour la présidentielle 2007), car elle peut remplacer le PCF dans le report de voix au second tour.
  • Le licenciement scandaleux du représentant de la minorité au sein de la LCR, Christian Picquet, laisse mal augurer de la démocratie dans cette nouvelle formation politique.
  • Il peut y avoir des désaccords idéologiques et programmatiques profonds, mais il faut quand même trouver des points communs entre forces de gauche. Proclamer a priori qu’on ne pourra s’entendre avec personne et diaboliser tous ceux qui ne sont pas d’accord avec soi, c’est organiser la défaite permanente.

Au total, ces organisations souvent groupusculaires et parfois sectaires ont perdu leur raison d’être. Engluées dans leurs routines et leurs rituels, elles font de la figuration dans des organisations de plus en plus folkloriques et de moins en moins aptes à la lutte politique et idéologique. N’ayant aucun impact politique, ces petits groupes entretiennent entre eux une concurrence stérile, émaillée de manifestations d’intolérance, qui neutralisent des militants qui seraient plus utiles ailleurs. Le caractère nuisible de ces groupes se manifeste dans leur ambition qui se limite à construire leur petite boutique – toujours appelée « grand parti des travailleurs » - sans jamais vouloir gouverner.