La fin du Parti socialiste d’Epinay


Résumé

La stratégie d’union du PS avec les communistes avait parfaitement bien fonctionné : la gauche était au pouvoir et le PS passait devant le PCF pour la première fois depuis l’après-guerre. Les années qui suivaient voyaient les résultats électoraux du PCF s’étioler régulièrement, qu’il s’agisse des présidentielles ou des législatives, alors que le PS, de son côté, maintenait globalement ses positions. Après l’élection présidentielle de 2007 et le score particulièrement faible de la candidate communiste, c’est toute la construction d’Epinay qui s’effondre pour le PS.

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LA FIN DU PARTI SOCIALISTE D’EPINAY

Lors du premier tour de l’élection présidentielle de 1969, Jacques Duclos pour le PCF obtenait 21,27 % des voix, Michel Rocard pour le PSU en obtenait 3,61 % et Gaston Deferre, pour le PS, en obtenait 5,01 %. Ce très mauvais score justifiait, en juin 1971, à Epinay-sur-Seine (Seine-Saint-Denis), la tenue d’un congrès historique du Parti socialiste. Il était celui de l’unification des socialistes, de l’alliance avec les communistes pour gouverner la France et de l’accession de François Mitterrand à sa tête.

En mai 1969, la Section française de l’internationale ouvrière (SFIO) avait déjà changé de nom pour devenir le Parti socialiste. Y adhèrent la Convention des institutions républicaines (CIR), présidée par François Mitterrand, qui rassemblait un certain nombre de clubs (Club des Jacobins, Démocratie et université, etc.), et de nombreux militants issus du « courant chrétien », en particulier de la CFDT.

Au congrès d’Epinay, six motions étaient en compétition : la motion K (Objectif 72 des « chrétiens de gauche », 0,50 % des mandats) ; la motion L (Mermaz-Pontillon-Mitterrand, 15,00 %) ; la motion M (Poperen, 12,00 %) ; la motion O (Savary-Mollet, 34,00 %) ; la motion P (CERES de Jean-Pierre Chevènement, 8,50 %) ; la motion R (Nord-Bouches-du-Rhône de Pierre Mauroy et Gaston Deferre, 30,00 %). Les motions de Mauroy, Deferre, Mitterrand et Chevènement (49,10 %) ont formé une majorité face à celles de Savary, Poperen et Mollet (46,60 %). La motion Mitterrand gagnait finalement le congrès avec 43 926 voix contre 41 757 voix pour la motion Savary.

Le débat s’était focalisé sur la question de l’alliance avec le PCF. Mitterrand prônait un accord avec le PCF reposant sur l’élaboration d’un programme de gouvernement, alors que Savary voulait en préalable l’instauration d’un dialogue idéologique avec les communistes. La stratégie d’alliance avec les communistes avait triomphé, mais dans le but de conquérir une partie de l’électorat communiste afin de placer le PS largement devant le PCF sur le plan électoral.

François Mitterrand était donc élu premier secrétaire le jour même où il adhérait au PS, avec pour mandat de préparer un accord de gouvernement avec le PCF et d’être le candidat de l’union de la gauche à la prochaine présidentielle. En juin 1972, le « Programme commun de gouvernement de l’union de la gauche » était adopté, signé par le PS, le PCF et le Mouvement des radicaux de gauche. A la présidentielle de 1974, le PCF ayant décidé de ne pas présenter de candidat, François Mitterrand obtenait 43,25 % des voix au premier tour et 49,19 % au second. En 1981, il obtenait 25,85 % des voix au premier tour et passait devant Georges Marchais pour le PCF qui n’en obtenait que 15,35 %. François Mitterrand gagnait au second tour avec 51,76 %.

La stratégie d’union du PS avec les communistes avait parfaitement bien fonctionné : la gauche était au pouvoir et le PS passait devant le PCF pour la première fois depuis l’après-guerre. Les années qui suivaient voyaient les résultats électoraux du PCF s’étioler régulièrement, qu’il s’agisse des présidentielles ou des législatives, alors que le PS, de son côté, maintenait globalement ses positions.

Après l’élection présidentielle de 2007 et le score particulièrement faible de la candidate communiste, c’est toute la construction d’Epinay qui s’effondre pour le PS. Celle-ci, au demeurant, était déjà largement ébranlée par l’affaiblissement régulier du PCF au fil des différentes élections. Mais la présidentielle de 2007 marque un choc arithmétique et psychologique : un PCF à moins de 2 % et le sentiment immensément partagé, y compris au sein du PCF, qu’il n’y aura pas de remontée possible.

L’union avec le PCF reste toujours possible pour le PS, mais elle ne peut plus avoir la vocation à devenir un rassemblement majoritaire permettant de gagner les élections, même si on ajoute les compagnons de route du PS de ces dernières années : le Parti radical de gauche et les Verts. Pour construire un rassemblement majoritaire, le PS ne peut apparemment que tenter de s’allier avec l’extrême gauche et/ou avec le « centre ».

Une autre hypothèse, lancée par Henri Emmanuelli, serait de faire un grand parti populaire de gauche. Mais sans attendre cette hypothèse, au lieu de chercher à droite ou même au centre, c’est en bas que devrait aller le PS, à la reconquête des classes populaires sur la base d’un programme qui s’attaque réellement aux méfaits des politiques néolibérales.