Le M’PEP et l’éducation populaire


Résumé

L’éducation populaire, à l’origine, comme les clubs et mouvements politiques, trouve sa source dans la Révolution française. Il ne s’agit pas simplement d’une coïncidence de date, mais de conceptions politiques communes liées à la construction de la République et par conséquent à celle de la citoyenneté. C’est pourquoi, d’ailleurs, de nombreux clubs et mouvements politiques républicains et laïques, puis socialistes et enfin communistes, intégreront dès 1830 l’éducation populaire à leur activité. Le M’PEP se situe dans cette tradition.

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LE M’PEP ET L’EDUCATION POPULAIRE

C’est en avril 1792, dans un rapport de Nicolas de Condorcet (1743-1794) à l’Assemblée nationale, intitulé « L’organisation générale de l’instruction publique », que l’on peut dater la naissance de l’éducation populaire. Ce rapport indique : « tant qu’il y aura des hommes qui n’obéiront pas à leur raison seule […] le genre humain n’en resterait pas moins partagé entre deux classes : celle des hommes qui raisonnent, et celle des hommes qui croient. Celle des maîtres et celle des esclaves ».

Le développement du capitalisme industriel et du mouvement ouvrier au XIXe siècle renouvèle les conceptions de l’éducation populaire établies en 1792. Différentes conceptions apparaissent, liées aux courants idéologiques et politiques qui se forment alors. Trois courants se développent : un courant laïque et républicain, un courant confessionnel et un courant ouvrier. Cependant, ces courants s’entremêlent, par exemple des organisations chrétiennes sont à la fois pour la laïcité, la République et le socialisme, tout en faisant partie du mouvement ouvrier. Ces courants se retrouvent sur la nécessité d’une éducation pour les adultes et de l’instruction pour tous, mais ils divergent sur sa justification, son contenu, et ses moyens. Une partie du patronat et des gouvernements de l’époque, républicains ou non, considèrent, de leur côté, que le manque d’accès au savoir d’une partie du peuple l’empêche d’être bon citoyen, bon travailleur, ou bon syndicaliste.

Malgré l’absence de définition normalisée de l’éducation populaire, la Charte du Comité pour les relations nationales et internationales des associations de jeunesse et d’éducation populaire (CNAJEP, instance réunissant une centaine des principales associations de ce secteur et qui représente ce dernier auprès du ministère de la Jeunesse et des Sports), définit l’éducation populaire comme la « construction collective de savoirs et de pratiques dans un but d’émancipation individuelle et de transformation sociale ».

 I.- LE XIXE SIECLE ET LA MONTEE DES IDEES REPUBLICAINES, SOCIALISTES ET COMMUNISTES

Les révolutions de 1830 et de 1848, outre l’émergence du mouvement ouvrier, voient la création des premières grandes associations laïques d’éducation populaire. Elles s’inscrivent dans la tradition de Condorcet : il ne peut y avoir de démocratie du pouvoir sans démocratie du savoir. Elles vont donc se fixer pour objectif d’instruire le peuple en vue d’une citoyenneté républicaine. Pour les catholiques, il s’agira de l’instruire pour instaurer ou restaurer un nouvel ordre chrétien. Quant au mouvement ouvrier, il hésitera toujours entre éducation populaire et éducation ouvrière.

 A.- Le courant laïque et républicain et l’éducation populaire

 1.- L’Association polytechnique

Fondée en 1830 par des élèves de l’Ecole polytechnique, elle a pour but l’instruction gratuite et publique des ouvriers afin qu’ils soient « plus habiles, plus à l’aise et plus sages », de moraliser la classe ouvrière naissante par la science et l’enseignement professionnel. Lors des Trois Glorieuses (27, 28 et 29 juillet 1830), des élèves de l’Ecole polytechnique et des ouvriers avaient lutté côte à côte pour la défense des droits du peuple et la destruction de l’Ancien Régime. Restés frères d’armes après la révolution, ils se retrouvent dans les premiers cours d’adultes de l’Association. Dès 1830, et à Paris seulement, 14 cours gratuits sont organisés chaque semaine ; 55 en 1860 ; 285 en 1880. En 1906, on comptabilise 909 cours, représentant plus de 19 000 leçons faites gratuitement, réunissant un nombre total de 360 000 présences d’élèves. Les professeurs de l’Association sont ingénieurs, anciens élèves de l’Ecole polytechnique ou de l’Ecole centrale, avocats, médecins, hommes de lettres, artistes, commerçants, comptables, publicistes, fonctionnaires. Ils sont conscients d’apporter, outre leurs compétences techniques, leur part d’influence dans l’établissement et la consolidation du régime républicain.

 2.- La Ligue de l’enseignement

Le 25 octobre 1866, Jean Macé (1815-1894), fils d’ouvriers, enseignant et journaliste, franc-maçon, lance dans le journal l’Opinion nationale un appel au rassemblement de tous ceux qui désirent contribuer à l’enseignement du peuple. Il considère que pour garantir la démocratie, « l’éducation au suffrage universel » est indispensable. Un an plus tard, la Ligue compte plus de 5 000 membres. Ses membres, issus pour l’essentiel de la petite bourgeoisie, veulent se rapprocher des ouvriers. Elle se bat pour l’instauration d’une école gratuite, obligatoire et laïque. Elle deviendra une véritable école de cadres des républicains.

 3.- Les Universités populaires

Portées par divers courants ouvriers, religieux, politiques et idéologiques, les Universités populaires connaissent une croissance rapide dans le prolongement de l’affaire Dreyfus, où la République semble menacée par l’armée et par l’Eglise. Beaucoup d’intellectuels considèrent que le salut viendra du peuple et qu’il faut l’éduquer au plus vite. En outre, malgré la loi du 28 mars 1882 qui vote l’éducation publique, obligatoire et laïque (la loi du 16 juin 1881 avait voté la gratuité), la plus grande partie de la population continue d’être tenue à l’écart de l’enseignement supérieur, après l’avoir été de l’enseignement secondaire. Le monde ouvrier est absent de l’université reconstruite par la Troisième République. Sur une base associative, les Universités populaires tentent de répondre à ce manque. De 1899 à 1908, 230 Universités populaires voient le jour en province comme en région parisienne, rassemblant 50 000 auditeurs. Mais il n’en reste plus que 20 en 1914, elles s’affaiblissent puis disparaissent à la vieille de la Première Guerre mondiale.

 4.- Le Cercle d’aide fraternelle et d’études sociales

Il est fondé à Paris en 1884 par Tommy Fallot (1844-1904), pasteur, frappé par le peu d’intérêt que le protestantisme, très divisé à la fin du XIXe siècle, porte aux questions sociales. Il adhère aux idées du socialisme, même s’il condamne les « excès » du socialisme révolutionnaire. Le Cercle conduira au grand mouvement du Christianisme social.

 5.- La Société populaire d’économie sociale de Nîmes

Elle est fondée en 1885 par Edouard de Boyve (1840-1923) et se rattache à l’ « Ecole de Nîmes », précurseur du mouvement coopératif animé par des protestants socialisants. L’idée est celle d’une coopération « émancipatrice », structure d’apprentissage de la démocratie et de l’efficacité économique, permettant d’abolir le régime du profit sans tomber dans l’étatisme. L’Ecole de Nîmes est condamnée par des libéraux qui y voient une dangereuse dérive socialiste, tout en étant considérée avec méfiance par les socialistes qui la jugent trop « bourgeoise ».

 6.- La Coopération des idées

Elle est créée en 1896 par Georges Deherme (1870-1937), ouvrier typographe influencé par les idées anarchistes, et des ouvriers de Montreuil-sous-Bois (93). Georges Deherme, après avoir créé une petite société coopérative, installe la première Université populaire dans le 11e arrondissement de Paris. L’objet de l’université était, en faisant appel aux travailleurs libres, non membres d’un parti ou d’un groupement, de former des administrateurs de coopératives et de syndicats, une élite prolétarienne « noyau vivant de la future société ». La Coopérative des idées diffuse son programme qui consiste « à organiser méthodiquement l’éducation syndicale, coopérative, politique, sociale en un mot, du peuple ».

 7.- La fin des Universités populaires

A l’échelle nationale, des divergences ne tardent pas à se produire, la crise des Universités populaires s’ouvre en 1903. Plusieurs causes lui sont généralement attribuées : la fin des passions soulevées par l’affaire Dreyfus ; le niveau d’instruction encore trop faible des ouvriers ; l’insuffisance des moyens financiers ; la difficile coexistence d‘intellectuels et d’ouvriers aux préoccupations différentes ; l’éviction des ouvriers de la gestion ; des divergences politiques.

Les acteurs les plus avisés font le reproche que « l’on ne s’est pas demandé comment il convenait d’enseigner à des ouvriers ». Délivrer un enseignement supérieur à des ouvriers faiblement pourvus en savoirs initiaux était-il viable ? Un dirigeant syndical résume ainsi la situation : « Les universités populaires présentent la difficulté pédagogique suivante : il faut qu’elles fassent de l’enseignement primaire à des auditeurs qui ont déjà reçu l’enseignement supérieur de la vie même. Ailleurs les hommes reçoivent l’enseignement primaire durant l’enfance et l’adolescence, puis ils passent normalement à l’enseignement supérieur, s’ils y passent. Mais dans les universités populaires les auditeurs (…) ne sont plus pour la plupart des enfants ni des adolescents. Ils ont tous reçu le maître enseignement de la pauvreté. Ils en savent, en un sens, autant que leurs instituteurs et professeurs, ils connaissent comme eux le monde et le réel (…). L’instituteur a sur l’élève cet avantage que son avance de savoir est doublée, autorisée par une avance de vie. Dans l’université populaire, le professeur a l’avance du savoir, mais il n’a plus l’avance de la vie ».

Le mouvement des Universités populaires se traduit ainsi par l’échec du rapprochement entre intellectuels et ouvriers.

La première raison est la non prise en compte des besoins des ouvriers. Un syndicaliste pourra écrire : « Que demandait l’ouvrier ? La connaissance précise et pratique de la société où il peine. Que lui a offert l’universitaire ? La connaissance des métaphysiques, des littératures, des arts du passé : en somme des distractions, une culture d’oisifs ». Une distance s’installe peu à peu entre les contenus délivrés lors des conférences, les attitudes pédagogiques des intervenants, et les attentes des auditeurs. Les conférences académiques, surchargées de termes abstraits que les enseignants apportent inchangées des chaires où ils enseignent habituellement, finissent par lasser. Le trop grand hermétisme de bien des conférenciers sera en effet l’une des causes principales du départ des publics populaires. Une insuffisante attention est ainsi portée à la pédagogie qu’il aurait été nécessaire de mettre en œuvre. Les intervenants universitaires, les intellectuels en général, ne sont pas encore prêts à reconsidérer leur style pédagogique.

Au surplus, rares sont les Universités populaires qui ont à leur tête des représentants du monde ouvrier. Les responsables sont le plus fréquemment des notables ou des enseignants. À Roanne par exemple, sur 43 orateurs, on dénombre plus de la moitié d’enseignants. À Rouen, l’Université populaire est présidée par 2 professeurs de lycée, et la moitié des membres inscrits sont des enseignants, auxquels viennent s’ajouter quelques étudiants. L’influence des militants des partis politiques, des syndicats, des employés et ouvriers n’est pas suffisante pour desserrer l’emprise des intellectuels qui dès le début du mouvement se sont accaparé les principaux postes de responsabilité ainsi que la plupart des tâches d’animation.

Finalement, ce sont les questions politiques qui sont au cœur de ces divergences, car les Universités populaires dirigées par « l’élément bourgeois » se prononcent pour l’ « élimination de la propagande, du prosélytisme, de la politique militante ». Certaines Universités populaires sont clairement conçues comme un moyen de « cohésion sociale », pour « favoriser la concorde sociale pour empêcher à la fois la révolution et la réaction ». Cette « neutralité » heurte les ouvriers membres des Universités populaires, beaucoup croient à une « manœuvre de la bourgeoisie » et refusent de se livrer à des « endormeurs ». Ils considèrent que la classe ouvrière doit prendre la direction exclusive des Universités populaires, et ils dénoncent l’accord conclu naguère entre intellectuels et travailleurs. Ils veulent un accord plus équilibré : « Le commerce volontaire des intellectuels et des travailleurs n’est pas moins nécessaire aux uns qu’aux autres ; nous venons ici autant pour nous instruire que pour enseigner ; nous sommes une école mutuelle où chacun tour à tour est élève et maître ». Aux yeux des ouvriers, les Universités populaires ne doivent pas avoir la paix sociale pour objet. Ils veulent en faire une arme dont le prolétariat doit se servir pour la lutte. Un certain nombre d’Universités populaires deviennent ainsi des institutions purement ouvrières qui se donnent pour raison d’être la lutte de classe et non le rapprochement des classes.

L’échec le plus marquant des Universités populaires sera l’impossibilité de parvenir au but qu’elles s’étaient fixé : atteindre le peuple. Ce dernier n’a jamais été majoritaire, et de loin, dans le public venant assister aux cours et conférences.

 B.- Le courant confessionnel de l’éducation populaire

Le second courant de l’éducation populaire s’inscrit dans le cadre du mouvement chrétien, même s’il recoupe largement le courant socialiste et le mouvement ouvrier. Après le ralliement des protestants au courant laïque (la Cimade créée en 1940), le courant confessionnel devient essentiellement catholique. Les héritiers de cette tradition souhaitent faire appliquer la morale chrétienne, ils s’inscrivent dans une pratique d’entraide, d’assistance et de moralisation. Ce courant est orienté aujourd’hui vers le « lien social ».

 1.- L’Association catholique de la jeunesse française

Créée en 1886 par Albert de Mun (1841-1914), elle est fortement encouragée par les jésuites. Elle donnera naissance à la Jeunesse Agricole Chrétienne (JAC) et à la Jeunesse Ouvrière chrétienne (JOC). Ses positions sont proches de celles du catholicisme social et de la démocratie chrétienne. Il existe 375 Cercles en 1878, rassemblant 37 500 ouvriers et 7 600 membres des classes dirigeantes. Il se rallie à la République dans le sillage des positions de Léon XIII et de la Doctrine sociale de l’Eglise.

 2.- Le Sillon

C’est le nom du journal du mouvement pour un christianisme démocratique et social, fondé en 1898 par Paul Renaudin et Marc Sangnier (1873-1950). Le Sillon devient l’organe d’un vaste mouvement d’éducation populaire qui réunit la jeunesse ouvrière et des fils de notables afin de réconcilier les classes laborieuses avec l’Eglise et la République. Le vote en 1905 de la loi de séparation des Eglises et de l’Etat constitue un nouveau tournant qui crée un conflit entre Le Sillon et l’épiscopat français, Le Sillon étant favorable à cette loi. En 1910, dans son encyclique « Notre Charge Apostolique », le pape Pie X condamne les idées des sillonistes et l’excommunie pour avoir incité à adhérer à la CGT. Marc Sangnier lance dans l’entre-deux-guerres les premières Auberges de jeunesse.

 C.- Le courant du mouvement ouvrier de l’éducation populaire

Ce courant oscille sans cesse au cours de l’histoire entre éducation populaire et éducation ouvrière. Au milieu du XIXè siècle, alors que les syndicats sont encore interdits, le mouvement ouvrier se retrouve dans des amicales, des mutuelles et des coopératives. La conscience de classe émerge et les ouvriers se demandent s’il convient d’envoyer leurs enfants à l’école de la bourgeoisie ou de leur dispenser une culture et des valeurs propres à la classe ouvrière.

 1.- Les Bourses du travail

La première Bourse du travail ouvre ses portes à Paris le 3 février 1887, à la suite d’une décision du Conseil municipal. Rapidement, celles-ci se développent sur tout le territoire et en 1892 elles fondent une fédération à Saint-Étienne. Cette Fédération des Bourses du travail accroît rapidement son influence sur le mouvement ouvrier aux dépends de la Fédération nationale des syndicats, seule autre organisation nationale, alors liée au parti guesdiste.

Le rôle premier d’une Bourse du travail, qui justifie son existence et son financement par les pouvoirs publics, est son rôle dans l’organisation du placement des travailleurs, car il n’existe pas encore de système public de placement, ni de formation professionnelle réglementée, ni d’assurances sociales. De nombreux autres services sont également mis en place, variables d’une Bourse à l’autre : « secours de route » (versement d’une allocation pour les ouvriers de passage en quête d’ouvrage) ; bibliothèques ; cours d’enseignement professionnel et d’enseignement général ; dispensaires médicaux chargés de lutter, lors d’accidents du travail, contre les compagnies d’assurances trop complaisantes avec le patronat ; services juridiques...

A côté de ces fonctions « institutionnelles », les Bourses du travail jouent également un rôle de centres d’éducation sociale et politique, de foyers d’agitation, de lieux de résistance, de revendications, d’actions ouvrières et d’élaboration de la société future. Les Bourses, lors des grèves, assurent une aide logistique aux grévistes : diffusion de l’information et organisation de la solidarité à l’échelle de la ville par voie d’affiches, de meetings et de fêtes de solidarité, caisses de grève, envoi de militants sur les lieux du conflit afin de servir de conseillers et d’orateurs. Les Bourses mettent également en place des rendez-vous à la fois pratiques, éducatifs et conviviaux qui passent par des conférences d’éducation populaire, des fêtes et des représentations théâtrales pour rendre le « socialisme » plus attrayant.

C’est cette double vocation des Bourses du travail qui entraine leur disparition sous cette forme. Entre 1905 et 1907, 16 Bourses du travail sont fermées dans un contexte de radicalisation de la CGT autour du premier Mai 1906, de la revendication pour la journée de huit heures et de la grève générale comme moyen d’y parvenir. De nombreuses municipalités et le gouvernement républicain décident alors d’affaiblir le syndicalisme révolutionnaire en supprimant les subventions aux Bourses du travail. Des Bourses du travail seront ensuite rouvertes, mais sous la direction de militants socialistes dans des municipalités socialistes.

Aujourd’hui, il ne reste seulement des Bourses du travail qu’un immeuble et le nom, abritant le siège des syndicats. Pourtant, les Bourses du travail visaient à dépasser les simples solidarités de professions et de corporations, pour s’inscrire dans une solidarité « de classe » et d’aspiration à la transformation sociale. Pour les initiateurs des Bourses du travail, c’est en effet à travers la solidarité interprofessionnelle que la conscience révolutionnaire est la plus apte à s’affirmer.

 2.- Le mouvement coopératif

Au cours des trois premiers quarts du 19ème siècle, les ouvriers cherchent à défendre leur droit au travail et leur autonomie. Ils créent des associations ouvrières clandestines, puisque la loi Le Chapelier de 1791 les interdit. Les idées de communauté et de démocratie contribuent à faire émerger le mouvement de la coopération de production : Saint-Simon, Charles Fourier, Jean-Baptiste Godin, Louis Blanc, Philippe Buchez, Jeanne Deroin, Joseph Proudhon, Robert Owen (Angleterre)… En 1871, pendant la Commune de Paris, c’est la réouverture et l’exploitation par des coopératives ouvrières des ateliers abandonnés par leurs patrons. En 1910, la coopération de production prend son envol grâce à des regroupements d’ouvriers professionnels dans le bâtiment, le livre ou la transformation des métaux. On compte 500 coopératives, 20 000 sociétaires, 8 000 auxiliaires.

L’idée coopérative est vulgarisée par un premier congrès à Paris en 1885 et par le mensuel L’Emancipation. Cette idée est appliquée surtout à Nîmes, où Charles Gide (1847-1932) participe activement à une « Coopérative de consommation », s’intéressant aux problèmes concrets de gestion et de conflits que ces coopératives ont avec le commerce privé. Ce principe de solidarité est présenté comme la voie entre libéralisme et marxisme. Il va lui donner une doctrine, celle de l’Ecole de Nîmes, rapidement condamnée par des libéraux qui y voient une dangereuse dérive socialiste et considérée avec méfiance par les socialistes qui la jugent trop « bourgeoise ». Il promeut en effet la solution coopératiste en l’opposant à la solution socialiste : « Entre notre socialisme coopératif et le socialisme collectiviste, même le plus sympathique, il restera toujours cette différence essentielle que le premier est facultatif et volontaire tandis que le second est coercitif. »

 II.- LE RENOUVEAU DE L’EDUCATION POPULAIRE PENDANT LE FRONT POPULAIRE ET A LA LIBERATION

Dans l’entre-deux-guerres, la renaissance de certaines Universités populaires se fait avec une orientation politique et syndicale plus marquée dans un contexte de forte effervescence militante liée à la montée du péril fasciste et à l’avènement du Front populaire. L’Université Ouvrière, par exemple, est fondée en 1932 par un petit groupe de professeurs pour enseigner la « science marxiste aux travailleurs manuels » et leur donner « une méthode de raisonnement qui leur permette de comprendre notre temps et de guider leur action, aussi bien dans leur technique que dans le domaine politique et social ».

L’arrivée du Front populaire relance les mouvements d’éducation populaire, notamment grâce à l’action du secrétariat d’État aux Sports et aux Loisirs de Léo Lagrange (1900-1940). Il s’agit d’instaurer le loisir populaire pour construire une société « saine et heureuse ». Des actions sont menées dans trois domaines : vacances et plein air, sports, et culture populaire, favorisés par les congés payés. C’est la naissance des Centre d’entrainement aux méthodes d’éducation actives (CEMEA), des Clubs loisir action jeunesse (CLAJ), des Auberges de jeunesse, des Chantiers de jeunesse.

Sous le régime de Vichy, par une vaste tentative de récupération, un système d’agrément, de subventions, les premiers postes de mise à disposition ainsi qu’une « Direction des mouvements de jeunesse et de l’éducation populaire » sont mis en place.

Dans les maquis de la Résistance, on retrouve des éléments venus de l’éducation populaire. La rencontre entre des catholiques, protestants, francs-maçons, militants de gauche et militants syndicaux est à l’origine de la naissance d’importants mouvements d’éducation populaire. C’est le cas de Peuple et culture, par exemple, créée en 1943 de la rencontre de syndicalistes de la CGT, souvent issus du creuset de la JOC, de catholiques et de francs maçons.

A la Libération, des mouvements apparaissent, porteurs d’espérances, comme la République des jeunes, Tourisme et travail, Travail et culture, les Foyers ruraux, etc. Il s’agit de « former le peuple à une culture ’’militante’’ pour renforcer une République progressiste en lutte contre les forces réactionnaires et les puissances d’argent » (Joffre Dumazedier, 1915-2002) et de « créer des loisirs sains et éducatifs pour mener à bien l’immense œuvre de rénovation nationale » (Revue L’action laïque, 1950). Un corps officiel d’instructeurs spécialisés, recrutés parmi des militants de l’époque, est institué par Jean Guéhenno, chargé de la Direction des mouvements de jeunesse et d’éducation populaire. De leur côté, les Maison des Jeunes et de la Culture (MJC), issues du gouvernement provisoire d’Alger (1943), ont pour ambition de mettre en œuvre une « éducation populaire permanente ». C’est en 1964 qu’est créé le Fonds de la coopération de la jeunesse et de l’éducation populaire (FONJEP).

 III.- L’EDUCATION POPULAIRE DANS LA PERIODE CONTEMPORAINE

Dès l’instauration de la Vème République en 1958, l’accent est mis sur la marchandisation de la culture et des loisirs.

C’est en 1968 que l’histoire de l’éducation populaire connaît un tournant lié à la naissance de l’ « animation socioculturelle », qui se réclame de la « neutralité » sans pouvoir en donner une définition précise, et qui vise, selon ses opposants, à remplacer celle d’éducation populaire. La notion « d’animation socioculturelle » est fortement critiquée car elle renvoie à « des sujets qui animent des objets » pour leur proposer différentes procédures de consommation culturelle. Dès lors, toute analyse en termes de classe sociale disparait. C’est ainsi que l’action culturelle et l’animation, à l’insu de leurs praticiens, prend part à la reproduction des rapports sociaux, notamment sous l’angle de son soutien à la pacification des relations sociales. L’animation socioculturelle devient alors un substitut inoffensif à la transformation sociale.

C’est pourquoi, le 25 mai 1968, des responsables des Maisons de la culture publient la « Déclaration de Villeurbanne » : « … nous refusons délibérément toute conception de la culture qui ferait de celle-ci l’objet d’une simple transmission. Non point que nous tenions pour nul, ou contestable en soi, cet héritage sans lequel nous ne serions peut-être pas en mesure d’opérer sur nous-mêmes, aujourd’hui, cette contestation radicale : mais parce que nous ne pouvons plus ignorer que, pour la très grande majorité de nos contemporains, l’accès à cet héritage passe par une entreprise de ressaisissement qui doit avant tout les mettre en mesure d’affronter et de pratiquer, de façon de plus en plus efficace, un monde qui, de toute façon, n’a pas la moindre chance de s’humaniser sans eux. »

L’arrivée de la gauche au pouvoir va s’inscrire dans cette orientation de réduire l’éducation populaire à la seule animation socioculturelle. L’émancipation des citoyens par la transmission des connaissances et leur participation à la vie civique, proposée dans la conception initiale de l’éducation populaire ne sont plus intégrées au programme du Parti socialiste. La création d’un ministère du Temps libre, la présence de Jack Lang au ministère de la Culture vont vite décevoir. La politique culturelle de l’État se concentre au service exclusif de certains des créateurs. Il s’agit au mieux de promouvoir la qualité artistique de leurs œuvres, au pire de servir les intérêts des corporations d’artistes, des marchands et des amateurs d’arts dans le cadre d’une politique « culturelle » et de financements publics. La diffusion de la culture au plus grand nombre n’est plus une priorité, elle devient un accessoire « festif » (voir la médiatique « fête de la musique » qui cache une démission face au projet « faites de la musique »). En se mettant au service de l’économie, et des acteurs politiques qui l’accompagnent, la culture perd son rôle subversif pour redevenir un privilège d’initiés pour certains, et un divertissement ludique pour d’autres. Parallèlement, le culte de l’entreprise se met en place et affecte les associations d’éducation populaire (mimétisme des pratiques avec le « management » et les logiques de marchés…).

Les politiques et l’animation socioculturelle se transforment alors peu à peu en travail social de « réparation » autour des politiques « de la Ville ». Cette évolution conduit à une rupture avec la culture militante de ces organisations, amplifiée par la création d’équipements collectifs notamment dans les collectivités locales. Il est ainsi fait appel aux associations pour résoudre « la crise du lien social », œuvrer au « développement culturel, social, économique, local ». Les modalités contractuelles des relations entre les pouvoirs publics et les acteurs de l’éducation populaire passent progressivement du subventionnement au projet associatif, à l’achat ponctuel de prestations précises, quantitativement mesurées, pour des « ciblages » de publics ou des orientations publiques déterminées.

Avec l’émergence de la politique de la ville, beaucoup d’associations d’éducation populaire deviennent en fait des partenaires des collectivités territoriales. Que ce soit en matière sociale, d’éducation ou d’animation, elles se sont muées en simples prestataires de services venant jusqu’à parfois suppléer les collectivités dans leur mission de service public. La dépendance aux subventions (devenue plus forte du fait de la « professionnalisation » des structures) a conduit nombre d’entre elles, au fil des concessions, à délaisser leur projet initial de transformation sociale. Afin d’obtenir ou de ne pas perdre les financements de la politique de la ville, elles finissent par éviter toute initiative qui risquerait de « fâcher » leurs financeurs. Toute projet jugé comme « trop politique » et/ou ne rentrant pas dans les « cases » de la politique de la ville, est donc systématiquement évacué.

Pourtant, dans ces structures, beaucoup de personnels (professionnels ou bénévoles) travaillent sincèrement à améliorer le sort des populations. Mais leur action étant déconnectée de tout projet politique de transformation sociale, ils sont alors relégués (parfois contre leur propre grès) au simple rôle d’organisateurs d’activités ou d’événements festifs. Ils se retrouvent alors tels des pompiers essayant d’éteindre un incendie, ne connaissant pas toujours la réelle nature du feu, et auxquels on ne donnerait ni les moyens ni les bons outils pour accomplir leur mission. Comment s’étonner que beaucoup d’entre eux, découragés, finissent par jeter l’éponge ou finissent par se contenter de « gérer les activités » ? Il est donc temps de tenir un discours de vérité sur les fausses bonnes intentions de la « politique de la ville ».

Aujourd’hui, les trois courants de l’éducation populaire peinent à trouver leurs publics et à proposer des analyses, des loisirs éducatifs et culturels face aux logiques du marché.

Certes, de nombreux mouvements d’éducation populaire s’inscrivent encore dans le courant laïc, pour ne prendre que cet exemple (Francas, Léo Lagrange, Ligue de l’enseignement, UCPA, CEMEA…). Mais placés en concurrence avec des organismes privés de formation et de loisirs de consommation, ils éprouvent de graves difficultés.

Néanmoins, depuis le début des années 80, des Universités populaires connaissent une régénérescence. L’Association des universités populaires de France (AUPF) en recensait une centaine sur tout le territoire en 2005, accueillant 110 000 personnes, alors qu’elle en dénombrait une quarantaine au milieu des années 1990, pour environ 50 000 auditeurs. La gratuité totale y est généralement le principe de base : pas d’âge requis, ni de titres ou de niveaux demandés, pas d’inscriptions ni de contrôle des connaissances, pas d’examens, ni de diplômes délivrés. Dans certaines Universités populaires, les cours sont dispensés une fois par séances de deux heures : la première est un exposé argumenté, la seconde une discussion de celui-ci. Dans d’autres Universités populaires, on a voulu proposer un « savoir alternatif » en réaction à l’émergence de « la pensée unique néolibérale ». D’où l’originalité de ce nouveau réseau à l’intérieur duquel chaque professeur bénévole possède, dans sa discipline, une démarche critique vis-à-vis de la matière qu’il enseigne…

Malgré l’absence de définition normalisée de l’éducation populaire, la Charte du Comité pour les relations nationales et internationales des associations de jeunesse et d’éducation populaire (CNAJEP, instance réunissant une centaine des principales associations de ce secteur et qui représente ce dernier auprès du ministère de la Jeunesse et des Sports), définit l’éducation populaire comme la « construction collective de savoirs et de pratiques dans un but d’émancipation individuelle et de transformation sociale ».

Le M’PEP propose une définition très proche de celle du CNAJEP :

« L’éducation populaire est un système d’apprentissage collectif de savoirs et de pratiques, qui, par l’émancipation individuelle et la transformation sociale, élabore des modes pertinents d’accès à la participation citoyenne individuelle et collective ainsi qu’aux responsabilités politiques. »

Dans cette perspective, le M’PEP construira collectivement, avec les classes populaires, les connaissances et les pratiques nécessaires à la compréhension du capitalisme contemporain et à la repolitisation de la société pour construire de réelles propositions politiques alternatives à gauche.

 IV.- NOTRE DEFINITION DE L’EDUCATION POPULAIRE

Il n’est pas étonnant de voir œuvrer des associations de toutes sortes dans le champ de l’éducation populaire puisque cette notion n’a pas une seule définition mais plusieurs selon les courants laïques, chrétiens, ouvriers, et politiques que nous ne rappellerons pas ici. La définition donnée de l’éducation populaire par le CNAJEP (Comité National des Associations de Jeunesse et d’Education Populaire donnant les agréments), permet d’ailleurs d’identifier toutes sortes d’associations : organisatrices de voyage, de formations, développant l’autonomie, l’apprentissage culturel, développant le lien social, transmettant son dogme religieux, à partir du moment où « l’éducation populaire contribue à l’éducation à la citoyenneté au sens d’engagement au service de l’intérêt général. Elle permet à des personnes de participer avec d’autres, à la construction d’un projet de société et à la réduction des inégalités sociales, culturelles et économiques ».

A priori, la définition du CNAJEP pourrait paraître relever d’une conception très émancipatrice de l’éducation populaire puisque il s’agirait de former des citoyens pour qu’ils se préoccupent de l’intérêt général et des inégalités diverses, pour qu’ils construisent un projet de société. En pratique, l’absence de définition de chacun des termes et surtout la non-affirmation du sens républicain (être citoyen c’est appartenir à un Etat ou les valeurs de la République Liberté, Egalité, Fraternité, s’exercent dans le cadre d’une démocratie laïque, c’est participer activement à la vie publique pour que tous les êtres humains soient libres et égaux), aboutit à ce que les associations agrées d’éducation populaire aient une définition de la citoyenneté, de l’intérêt général, une approche des inégalités qui soit parfois étriquée, intimiste, locale, non-systémique.

Ainsi, une première catégorie d’associations ayant comme objectif principal de développer la citoyenneté peut être recensée. La citoyenneté y est vue comme un moyen de responsabiliser des jeunes pour qu’ils sachent s’orienter dans leur environnement (Eveil), d’intégrer et de respecter les normes de la société par la connaissance de son droit (APCEJ) ou la participation civique (CIDEM), de former des jeunes à participer à la décision publique locale (ANACEJ), de former des étudiants à la vie associative pour qu’ils participent à la vie de leur université (Animafac), s’approprier son milieu de vie par une prise conscience (CEMEA), de former à la démocratie en travaillant l’expression et la conflictualité via le théâtre-forum (Arc en ciel théâtre), de former et accompagner les couches populaires pour qu’elles agissent de façon à mettre en place un développement solidaire (Culture et liberté), de développer son sens critique dans la confrontation aux autres lors de voyages (Concordia).

Même si certaines associations abordent la citoyenneté par la formation à l’expression démocratique, contrairement à d’autres qui voient en la citoyenneté un acte de civisme, nous sommes malgré tout assez loin de la vision citoyenne républicaine globale de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen (DDHC) qui réunissait des principes d’intérêt général, de respect de la liberté d’autrui, de dignité humaine, de fraternité, de droits et de devoirs, de volonté de vivre ensemble, de démocratie, de conscience d’appartenir à un corps politique.

Seule la FFMJC fait exception en mettant en avant le rôle essentiel de l’Etat, garant de la Liberté, de l’Egalité et de la Fraternité républicaine.

La définition du CNAJEP d’éducation à la citoyenneté au sens d’engagement au service de l’intérêt général est donc insuffisante. Les définitions de la citoyenneté que se donnent les associations vont toutes dans le sens d’une formation du citoyen pour développer son autonomie, son civisme, son expression démocratique mais en aucun cas la citoyenneté est perçue à travers la transmission d’une vision politique telle que définie dans la (DDHC).

C’est cette insuffisance qui justifie notre appellation de mouvement politique d’éducation populaire, dans le sens où nous devons réintroduire la conception citoyenne telle qu’elle est née en France sous la Révolution. Se définir, à l’inverse, comme un mouvement d’éducation populaire faisant de la politique n’aurait pas un impact assez fort : comme on vient de le voir, beaucoup d’association se revendiquent de l’éducation populaire et il n’y a qu’un pas à franchir pour qu’elles se disent agir dans le champ du politique (notion devenue fourre-tout) par la défense de la citoyenneté.

Il est donc nécessaire de dépasser le rôle de « pompier associatif » et d’aborder les questions de lien social, culture, éducation, solidarité, à travers une approche politique et globale.

Une deuxième catégorie d’associations se situe dans l’objectif de réduction des inégalités tel que définit par le CNAJEP, mais le projet de société se transforme en projet de lutte contre la misère, la pauvreté, les inégalités, l’exclusion.

Ainsi, ces associations veulent tempérer les inégalités sociales par le développement des volontariats (CCSC) et ainsi changer les logiques mercantiles, redonner de la cohésion sociale par le développement de l’autonomie, du lien, du partage des ressources, du développement du territoire (FCSC), lutter contre les exclusions par l’expérience de la misère chez les autres (ATD Quart monde), diminuer la marginalité et l’exclusion par l’accompagnement personnel (CNLAPS, AFEV), en redonnant confiance en soi (CPCV).

Ces associations se situent dans le champ de la réparation sociale, justifiant inconsciemment leur incapacité à agir en amont sur les causes des dégâts sociaux faute de les maîtriser.

Dire qu’elles se situent dans le champ de la charité entretenant le système (cela peut être néanmoins admis pour les associations confessionnelles) serait mépriser les efforts du citoyen lambda qui trouve encore un moyen d’expression à son échelle à travers l’engagement associatif. Ce serait également oublier un peu vite des années d’impunité politique des partis en présence.

Certaines font toutefois le lien entre les effets sociaux contre lesquels elles luttent et la mondialisation et/ou l’accaparement des moyens politiques et économiques par une minorité.

Cela va du simple constat que de plus en plus de gens sont victimes des crises économiques, de la mondialisation de l’économie (CPCV, CNLAPS), à la lutte sur le terrain contre les atteintes aux droits humains, politiques, syndicaux, économiques et culturels (FAL).

Et seules quelques associations (Arc en ciel théâtre, Culture et liberté) se donnent comme principe de combattre la domination et le mépris de quelques groupes sur les membres d’un autre, de résister à l’esprit de compétition de la société de marché, tout en exigeant la reconnaissance d’une capacité d’expertise et de transformation. Leur lutte reste néanmoins très ciblée et aucune n’est en mesure de proposer un changement radical de système économique.

Conclusion : de la nécessité de faire de l’éducation politique auprès d’acteurs se revendiquant de l’éducation populaire.

Les associations d’éducation populaire se caractérisent donc par leur nombre conséquent (une centaine répertoriées par le CNAJEP), leur variété de champs d’intervention : associations culturelles, de formation, organisatrices de voyage, créatrices de lien social, de sensibilisation à la citoyenneté, la diversification de leur conception d’un même champ d’intervention, leur action ciblée sur un public et dans un champ limité, bref par l’absence à proposer une vision globale, politique et systémique de la société.

Nous pouvons en déduire que la conception condorcienne et républicaine de l’éducation populaire ne fait pas l’unanimité et que même les associations pouvant s’en revendiquer peinent à proposer une issue politique.

En revanche, ces associations ont des implantations locales et/ou internationales, touchent un nombre considérable de citoyens avec lesquels elles entretiennent des rapports étroits.

De ce fait, le M’PEP les considère comme des partenaires stratégiques de notre vision politique et nous devons bien nous distinguer d’elles en nous affirmant comme mouvement politique. Notre rôle par ailleurs sera d’aider à fédérer l’expression locale de ce type d’association, compte tenu du fait de leur dépendance financière souvent trop poussée envers les pouvoirs publics donneurs de subvention.