Le bilan de l’élection présidentielle 2007 marque la sortie définitive du système politique issu dela seconde guerre mondiale


Résumé

La vie politique française, depuis 1944, a connu deux phases principales : celle de l’opposition entre les gaullistes et les communistes d’abord ; puis celle entre les socialistes et les héritiers des gaullistes. Jusqu’à l’élection de 2007, les gaullistes authentiques et les communistes pouvaient croire, malgré le peu de vraisemblance de cette hypothèse, à leur retour en grâce auprès de l’opinion publique. Après 2007, une page s’est tournée. Cette élection présidentielle sonne en effet définitivement la fin du rôle structurant des gaullistes et des communistes dans la vie politique française, comme la fin du Parti socialiste d’Epinay.

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LE BILAN DE L’ELECTION PRESIDENTIELLE 2007 MARQUE LA SORTIE DEFINITIVE DU SYSTEME POLITIQUE ISSU DE LA SECONDE GUERRE MONDIALE

La vie politique française, depuis 1944, a connu deux phases principales : celle de l’opposition entre les gaullistes et les communistes d’abord ; puis celle entre les socialistes et les héritiers des gaullistes.

Le rôle décisif joué par les communistes et les gaullistes pendant la résistance au nazisme les a naturellement conduits à bénéficier d’un large soutien populaire à la Libération. C’est pourquoi ils étaient au centre de la vie politique, les alliances s’organisant autour d’eux.

Ainsi, aux élections législatives de novembre 1946, avec 28,3 % des suffrages exprimés, le PCF enregistre le meilleur score de son histoire et emporte 182 sièges, soit près d’un tiers des effectifs de l’Assemblée nationale, devenant le « premier parti de France ». Les gaullistes, avec l’Union gaulliste, sont en phase d’organisation de leur force politique, et n’obtiennent que 3 % et aucun siège. La Section française de l’internationale ouvrière (SFIO, parti socialiste) obtient de son côté 17,8 % et 102 sièges et le Mouvement républicain populaire (MRP), rassemblant la sensibilité démocrate-chrétienne, obtient 25,9 % et 173 sièges.

De cette élection date le système du « Tripartisme », qui va durer jusqu’au renvoi des ministres communistes par le Président du Conseil, Paul Ramadier, à la suite du refus du PCF de lui voter la confiance à l’Assemblée nationale en mai 1947. Pourtant, depuis 1945, le PCF avait joué le jeu du Tripartisme. Il avait justifié cette orientation très modérée par la nécessité de reconstruire le pays et de restaurer l’autorité de l’Etat. Et aussi pour deux autres raisons : la présence des troupes américaines sur le sol français qui interdisaient toute action de prise du pouvoir en dehors d’un processus électoral, et la nouvelle ligne stratégique développée par Maurice Thorez, le secrétaire général du PCF, qui avait prôné en 1946, dans une interview au Time, une voie pacifique et originale pour le socialisme en France. Ce n’est qu’en 1947 que le PCF émettait de premières critiques sur la politique gouvernementale, au moment des débuts de la guerre d’Indochine et du rapprochement avec les Etats-Unis. Mais c’est surtout la crise sociale qui sera l’élément essentiel de la crise politique de la fin du Tripartisme.

Le mécontentement social, en effet, s’était beaucoup développé dans le pays du fait de l’augmentation de l’inflation : « les prix prennent l’ascenseur, les salaires l’escalier », disait-on dans la population. Les pénuries persistaient, le marché noir enrichissait les trafiquants surnommés les BOF (beurre, œufs, fromage) qui étaient souvent d’anciens collaborateurs peu inquiétés par la justice. L’exaspération allait déboucher sur des grèves. En avril 1947, des grèves massives éclatent spontanément, en particulier dans la « forteresse ouvrière » de Renault à Boulogne-Billancourt, souvent à l’initiative de petites organisations révolutionnaires trotskistes. Le PCF soutient, face au gouvernement, les revendications et les grèves qui deviennent quasi-insurrectionnelles.

En mai, Paul Ramadier renvoie les ministres communistes, le gouvernement américain ayant imposé cette décision, et au même moment les communistes étaient renvoyés du gouvernement en Italie et en Belgique.

La fin du Tripartisme allait donner naissance à la « Troisième force » (1947-1952). Ce regroupement disparate rassemblait la SFIO, le MRP, les Radicaux et la droite modérée. Elle visait à faire face aux deux forces qui remettaient en cause l’existence même de ce régime : à sa gauche les communistes, à sa droite les gaullistes.

Ce n’est qu’aux élections municipales de 1947, que le Rassemblement du peuple français (RPF), fondé par le général de Gaulle, obtenait 38 % des suffrages, et le PCF 30 %.

Ce système a fonctionné, avec des hauts et des bas, jusqu’en 1974 pour les gaullistes et jusqu’en 1981 pour les communistes. La victoire de Valéry Giscard d’Estaing (UDF, opposé aux gaullistes) à l’élection présidentielle de 1974 avait déjà marqué la fin du gaullisme. A partir de cette date, sous l’impulsion de Jacques Chirac, le parti gaulliste va être progressivement « dédegaullisé ». Autrement dit, trois des piliers de la geste gaulliste – l’indépendance nationale ; le rayonnement de la France ; la question sociale – vont être sapés par un alignement de plus en plus net sur les politiques néolibérales alors en pleine élaboration.

La victoire de François Mitterrand à l’élection présidentielle de 1981 marque la fin du caractère incontournable du PCF dans la vie politique française. Dès lors, ce sont les socialistes et les héritiers des gaullistes rassemblés derrière Jacques Chirac, qui vont animer la vie politique française.

Jusqu’à l’élection de 2007, les gaullistes authentiques et les communistes pouvaient croire, malgré le peu de vraisemblance de cette hypothèse, à leur retour en grâce auprès de l’opinion publique. Après 2007, une page s’est tournée. Cette élection présidentielle sonne en effet définitivement la fin du rôle structurant des gaullistes et des communistes dans la vie politique française, comme la fin du Parti socialiste d’Epinay.

 I.- FIN DU ROLE POLITIQUE STRUCTURANT DES GAULLISTES ET DES COMMUNISTES


La structuration de la vie politique française en vigueur depuis 1944, matérialisée par le programme du Conseil national de la Résistance, les luttes politiques des lendemains de la Libération, la période de la guerre froide, les guerres d’Indochine et d’Algérie et mai-juin 1968, est aujourd’hui caduque. Il y avait déjà longtemps que les gaullistes et les communistes n’exerçaient plus de responsabilités décisives en France : les premiers depuis l’élection de Valéry Giscard d’Estaing lors de la présidentielle de 1974, et les seconds depuis l’élection de François Mitterrand à la présidentielle de 1981. En 1974, Jacques Chaban-Delmas, candidat gaulliste, n’obtient que 15,11 % au premier tour, alors que Valéry Giscard d’Estaing, candidat libéral soutenu par Jacques Chirac, en obtient 32,60 %. A l’élection présidentielle de 1981, le candidat communiste Georges Marchais n’obtient que 15,35 %, alors que le candidat socialiste François Mitterrand obtient 25,85 %.

Le RPR a perdu sa substance gaulliste bien avant de se fondre dans l’UMP. Les notables du RPR et de l’UDF étaient devenus interchangeables et leurs électeurs se ressemblent de plus en plus. D’ailleurs, l’’impact électoral du FN est, en partie, le fruit de la « dégaullisation » accélérée de la droite. Porté par la révolution conservatrice, le néolibéralisme a pu imposer son hégémonie sur les autres courants. La fusion des principales composantes de la droite en une même formation, en 2002, couronne cette évolution.
Evidemment, il est toujours difficile de définir quand, exactement, la droite a eu raison du gaullisme. En 1974, Chirac apporte à Giscard le soutien d’une partie des gaullistes, trahissant Chaban-Delmas. Giscard ne se présente jamais de droite mais de « centre droit », compte tenu du poids de la gauche, il ne peut s’affirmer franchement de droite. De 1986 à 1988, l’équipe Chirac sous influence balladurienne mène une politique franchement néolibérale : dénationalisations, suppression de l’impôt sur les grandes fortunes, de l’autorisation administrative de licenciement et du contrôle des prix… Mais l’électorat n’a pas apprécié. Chirac sera plus rusé en 1995.

Dès 1988 Balladur défend l’idée de « l’ardente nécessité d’une confédération RPR-UDF », puisque les « idées et les convictions sont très largement les mêmes ». Les clivages de fond ont peu à peu disparu : conception de la nation ; démocratie ; question européenne. L’objectif est de créer un parti libéral doté d’une position aussi fortement hégémonique que celle dont dispose le Parti socialiste à gauche. Le 24 avril 2002, le bureau politique du RPR approuve la dissolution du Rassemblement dans une grande formation de droite. En novembre 2004, Sarkozy est élu président de l’UMP à 85 %.

La bataille entre gaullisme et libéralisme qui s’est ouverte en 1962 s’achève en 2004 par la victoire totale du second sur le premier. Sarkozy n’a jamais fait semblant d’être gaulliste.

Malgré ces échecs électoraux déjà anciens, ces deux courants politiques – gaullistes et communistes - pouvaient néanmoins espérer surmonter leurs défaites et tenter de revenir, une nouvelle fois, au premier plan. Les résultats de l’élection présidentielle de 2007 mettent un terme définitif à ces illusions.

Cette réalité politique, cruelle pour ceux qui ont cru dans le projet gaulliste et dans le projet communiste, ne signifie pas pour autant que ces deux courants d’idées ont disparu ou qu’ils vont totalement disparaître, ainsi que leurs différentes formes organisées. L’idéologie gaulliste et l’idéologie communiste demeurent et demeureront encore longtemps. Des centaines de milliers de citoyens – et peut-être des millions - s’en réclament encore, même si la traduction électorale ne le fait pas apparaitre. Des formes organisées perdurent, dans des clubs pour les gaullistes, et notamment au sein d’un parti – le PCF - pour les communistes. Cette configuration peut encore durer des années. Mais la force propulsive de ces courants et leur capacité d’innovation politique est réduite à néant.

Les militants gaullistes et communistes, comme ils le font déjà, peuvent continuer à irriguer la société et lui donner des cadres en participant activement, mais à titre individuel, à la vie politique locale (comme élus municipaux), syndicale et associative. Ils peuvent aussi s’intégrer à des constructions politiques mouvantes comme le sont les « collectifs » divers qui ont fleuri ces dernières années. De nombreux gaullistes participent à des rassemblements de clubs politiques ou agissent parfois au sein de l’UMP pour tenter d’y imprimer la marque du gaullisme. De leur côté, de nombreux communistes sont attentifs à tout ce qui bouge et résiste dans la société et n’hésitent pas à s’engager, hors de leur parti, tout en y demeurant.

La deuxième solution, cette fois au titre des forces organisées représentant ces courants, est la recherche d’alliances avec d’autres mouvements politiques. La faiblesse électorale des gaullistes et des communistes rend cette hypothèse de plus en plus aléatoire. Certes, ces alliances permettraient d’assurer l’élection de quelques députés, sénateurs, maires, conseillers généraux et régionaux ou parlementaires européens. Ce système peut durer, en s’étiolant régulièrement, mais il risque de remettre en cause l’indépendance de ces partis, menacés d’être satellisés l’un par l’UMP et l’autre par le PS. Et pour participer à des alliances, encore faut-il peser d’un certain poids.

Finalement, les deux courants d’opinion qui structuraient l’espace politique depuis 1944, les gaullistes et les communistes, et autour desquels toute la vie politique nationale s’organisait, ont définitivement perdu leur attractivité. Une autre transformation d’ampleur a marqué le résultat de cette élection présidentielle : la fin du Parti socialiste d’Epinay.

 II.- FIN DU PARTI SOCIALISTE D’EPINAY


Lors du premier tour de l’élection présidentielle de 1969, Jacques Duclos pour le PCF obtenait 21,27 % des voix, Michel Rocard pour le PSU en obtenait 3,61 % et Gaston Deferre, pour le PS, en obtenait 5,01 %. Ce très mauvais score justifiait, en juin 1971, à Epinay-sur-Seine (Seine-Saint-Denis), la tenue d’un congrès historique du Parti socialiste. Il était celui de l’unification des socialistes, de l’alliance avec les communistes pour gouverner la France et de l’accession de François Mitterrand à sa tête.

En mai 1969, la Section française de l’internationale ouvrière (SFIO) avait déjà changé de nom pour devenir le Parti socialiste. Y adhèrent la Convention des institutions républicaines (CIR), présidée par François Mitterrand, qui rassemblait un certain nombre de clubs (Club des Jacobins, Démocratie et université, etc.), et de nombreux militants issus du « courant chrétien », en particulier de la CFDT.

Au congrès d’Epinay, six motions étaient en compétition : la motion K (Objectif 72 des « chrétiens de gauche », 0,50 % des mandats) ; la motion L (Mermaz-Pontillon-Mitterrand, 15,00 %) ; la motion M (Poperen, 12,00 %) ; la motion O (Savary-Mollet, 34,00 %) ; la motion P (CERES de Jean-Pierre Chevènement, 8,50 %) ; la motion R (Nord-Bouches-du-Rhône de Pierre Mauroy et Gaston Deferre, 30,00 %). Les motions de Mauroy, Deferre, Mitterrand et Chevènement (49,10 %) ont formé une majorité face à celles de Savary, Poperen et Mollet (46,60 %). La motion Mitterrand gagnait finalement le congrès avec 43 926 voix contre 41 757 voix pour la motion Savary.

Le débat s’était focalisé sur la question de l’alliance avec le PCF. Mitterrand prônait un accord avec le PCF reposant sur l’élaboration d’un programme de gouvernement, alors que Savary voulait en préalable l’instauration d’un dialogue idéologique avec les communistes. La stratégie d’alliance avec les communistes avait triomphé, mais dans le but de conquérir une partie de l’électorat communiste afin de placer le PS largement devant le PCF sur le plan électoral.

François Mitterrand était donc élu premier secrétaire le jour même où il adhérait au PS, avec pour mandat de préparer un accord de gouvernement avec le PCF et d’être le candidat de l’union de la gauche à la prochaine présidentielle. En juin 1972, le « Programme commun de gouvernement de l’union de la gauche » était adopté, signé par le PS, le PCF et le Mouvement des radicaux de gauche. A la présidentielle de 1974, le PCF ayant décidé de ne pas présenter de candidat, François Mitterrand obtenait 43,25 % des voix au premier tour et 49,19 % au second. En 1981, il obtenait 25,85 % des voix au premier tour et passait devant Georges Marchais pour le PCF qui n’en obtenait que 15,35 %. François Mitterrand gagnait au second tour avec 51,76 %.

La stratégie d’union du PS avec les communistes avait parfaitement bien fonctionné : la gauche était au pouvoir et le PS passait devant le PCF pour la première fois depuis l’après-guerre. Les années qui suivaient voyaient les résultats électoraux du PCF s’étioler régulièrement, qu’il s’agisse des présidentielles ou des législatives, alors que le PS, de son côté, maintenait globalement ses positions.

Après l’élection présidentielle de 2007 et le score particulièrement faible de la candidate communiste, c’est toute la construction d’Epinay qui s’effondre pour le PS. Celle-ci, au demeurant, était déjà largement ébranlée par l’affaiblissement régulier du PCF au fil des différentes élections. Mais la présidentielle de 2007 marque un choc arithmétique et psychologique : un PCF à moins de 2 % et le sentiment immensément partagé, y compris au sein du PCF, qu’il n’y aura pas de remontée possible.

L’union avec le PCF reste toujours possible pour le PS, mais elle ne peut plus avoir la vocation à devenir un rassemblement majoritaire permettant de gagner les élections, même si on ajoute les compagnons de route du PS de ces dernières années : le Parti radical de gauche et les Verts. Pour construire un rassemblement majoritaire, le PS ne peut apparemment que tenter de s’allier avec l’extrême gauche et/ou avec le « centre ».

Une autre hypothèse, lancée par Henri Emmanuelli, serait de faire un grand parti populaire de gauche. Mais sans attendre cette hypothèse, au lieu de chercher à droite ou même au centre, c’est en bas que devrait aller le PS, à la reconquête des classes populaires sur la base d’un programme qui s’attaque réellement aux méfaits des politiques néolibérales.

 III.- L’EPUISEMENT DES FORCES PROPULSIVES DES PARTIS ACTUELS DE LA GAUCHE

 A.- L’avenir du PS ne doit pas être abordé sous le seul angle électoral


La fin de l’union de la gauche telle qu’elle a été conçue au congrès d’Epinay en 1971 pose un problème électoral au Parti socialiste. Avec qui pourra-t-il s’allier pour gagner les élections ? Le problème, pour les dirigeants socialistes, est qu’ils limitent leur réflexion au seul aspect électoral, à court terme, et dans ce cadre à la seule question des alliances. Ce raisonnement biaisé témoigne une nouvelle fois que la préoccupation principale du PS est celle du pouvoir pour le pouvoir, et que, dès lors, les alliances électorales sont conçues comme un simple jeu de lego où il ne s’agit que de changer les pièces de place. Peu comptent les contenus de ces alliances, car leur seul but est d’obtenir une majorité électorale.

C’est pourquoi, spontanément, la majorité des dirigeants du PS souhaitent une alliance avec le MODEM de François Bayrou puisque ce nouveau parti politique représente quelques pourcents de l’électorat. Le raisonnement est parfaitement cynique car il repose sur un véritable chantage vis-à-vis de l’électorat de gauche : « votez pour moi, ce sera de toute façon moins pire qu’avec la droite ». Ce langage est d’autant plus persuasif que la menace de droite – et d’extrême droite – aura été volontairement surévaluée pour susciter, par peur, un réflexe de vote utile sans états d’âme.

Dans ce cadre, l’alliance avec les communistes n’a pas de raison d’être remise en cause, mais le PCF ne peut guère apporter plus de 1, 2 ou 3 % des voix au PS, ce qui est insuffisant pour gagner une élection.

Une alliance avec tel ou tel groupe de l’extrême gauche est-elle possible ? Les partis trotskystes (LCR, LO, PT) ne veulent pas d’alliance avec le PS. Ils ne veulent pas, non plus, gouverner. Le PS, de son côté, ne veut pas d’alliance avec l’extrême gauche. La question est donc réglée : aucune alliance ouverte entre l’extrême gauche et le PS ne verra le jour.

A ce propos, il ne faut pas se tromper sur la signification du geste de la direction du PS qui a « donné » à Olivier Besancenot les signatures d’élus qui lui manquaient afin de participer à l’élection présidentielle. Il ne s’agissait pas des prémisses d’une alliance entre le PS et la LCR, mais d’une manœuvre de l’appareil du PS pour affaiblir Ségolène Royal, car Olivier Besancenot lui a pris des voix. Il s’agissait, pour les dirigeants du PS concernés, de faire l’impasse sur la présidentielle de 2007, de réduire tant qu’ils le pouvaient le score de Ségolène Royal, démontrant ainsi son incapacité à rassembler, l’écartant pour la présidentielle de 2012 et présenter leur propre candidature…

En restant dans cette arithmétique électorale, le PS, apparemment, n’a pas d’autre choix que de s’allier avec le MODEM. Cette stratégie est en marche. Elle a été tentée à l’occasion des élections municipales de 2008 où des listes communes PS-MODEM, avec parfois la participation de communistes, ont été présentées.

Le « centre », incarné par la candidature de François Bayrou, a représenté près de 7 millions de voix au premier tour de l’élection présidentielle 2007. Des forces très nombreuses se sont manifestées au sein du PS, Ségolène Royal en tête qui voulait même en faire son premier ministre, pour une alliance avec lui. Elles se reconnaissent par l’usage de mots-clés comme « poursuivre la rénovation de la gauche » (Ségolène Royal), « rénover la gauche » (Dominique Strauss-Kahn), « rénover le PS » (Pierre Moscovici), etc. Une fois munis de ce décodeur – « rénover » signifie s’allier avec le MODEM - il devient possible de comprendre qui veut quoi au sein du PS, même si les choses ne sont pas dites clairement.

Difficilement réalisable sur le plan pratique, même si les convergences idéologiques sont nombreuses entre la majorité des dirigeants du PS et ceux du MODEM, une alliance avec le « centre » serait en réalité une alliance avec une partie de la droite. Les caciques du PS et du MODEM sont d’accord sur l’essentiel : le type de « construction » européenne, l’atlantisme, les institutions, comme a pu le montrer le débat de l’entre-deux tour entre Ségolène Royal et François Bayrou. Si des divergences sont apparues sur le plan économique, leur minceur ne devrait pas constituer un obstacle à la définition d’une politique économique standard (d’inspiration néolibérale).

L’opération est donc extrêmement complexe pour le PS, elle est loin de pouvoir se réaliser, et elle provoquerait à coup sûr une profonde cassure en son sein.

Toute cette construction politique de la majorité des dirigeants du PS repose sur la conviction que ce parti ne dispose plus de partenaires à gauche. Evidemment, cette assertion est exacte si le raisonnement est purement électoral et à court terme. Mais il est totalement faux si on raisonne en termes de classes sociales. En effet, une politique de gauche s’attaquant réellement et de manière convaincante aux inégalités serait susceptible de rassembler très largement. Ce n’est donc pas simplement en termes d’alliances entre forces politiques qu’il faut raisonner, mais en termes d’alliances entre classes sociales.

Le PS, s’il veut gagner, doit donc se démarquer clairement de toute alliance avec le « centre ». S’il veut se « refonder » ou se « rénover », ce n’est pas par une alliance avec le centre – c’est une vieille politique datant de la IVe République -, mais en reprenant la lutte pour la réduction des inégalités.

Les « nonistes » du PS (amis de Laurent Fabius, Henri Emmanuelli, Jean-Luc Mélanchon) sont placés dans une situation difficile. Une alliance du PS avec le « centre » les obligerait à quitter le parti. Ils ne le quittent pas encore, car ils estiment, à juste titre, que la bataille interne n’est pas terminée et que rien n’est joué.

Mais pour que les « nonistes » du PS quittent leur parti, il faudra qu’une structure d’accueil cohérente puisse les accueillir. Ou plus exactement, qu’ils puissent immédiatement, à partir d’une structure déjà existante, participer à la création d’une nouvelle force politique authentiquement à gauche.

Pour y parvenir, beaucoup va dépendre du PCF et de ses militants.

 B.- L’avenir incertain du PCF


Après les élections présidentielles de 2007, la situation la plus difficile est celle du PCF, qui conserve pourtant des dizaines de milliers d’adhérents et des positions électorales loin d’être négligeables. C’est l’effondrement du vote communiste chez les ouvriers. Le vote ouvrier à la présidentielle de 2002 avait été le suivant : Hue (PCF - 5,5 %) ; Extrême gauche (12 %) ; Jospin/Taubira/Chevènement (23,5 %) ; Le Pen/Megret (29 %). Au premier tour de la présidentielle 2007 il était le suivant : Le Pen (26%) ; Royal (24 %) ; Besancenot (7 %) ; de Villiers (5 %) ; Buffet (1 %).

Le vote utile a pénalisé la candidate du PCF car les transferts de voix par rapport à 2002 se sont effectué pour l’essentiel au profit du PS, avec 18 % des électeurs de Robert Hue qui n’ont pas voulu courir le risque d’un nouveau 21 avril. En quatrième position dans l’électorat de gauche (5 %), Marie-George Buffet conserve les deux tiers des voix du candidat communiste de 2002. Elle capte néanmoins 12 % des électeurs de Laguiller qui avaient sanctionné la gauche en 2002.

L’implosion du système soviétique a joué un rôle considérable dans l’effondrement des partis communistes, partout dans le monde, et la désaffection de leur électorat. Les partis communistes, en effet, luttaient pour la construction du socialisme, conçu comme une phase de transition vers le communisme. Nul, depuis déjà bien longtemps, n’entend plus parler de socialisme ou de communisme, ces expressions ne figurant même plus dans les textes de congrès du PCF.

Cette perspective s’est effacée. Que signifie, dès lors, l’existence d’un parti communiste dont l’objectif n’est plus le socialisme et encore moins le communisme ? Pour réanimer cette perspective, deux solutions s’offrent au PCF. D’une part, il faudrait que ce parti entreprenne un immense effort de réhabilitation de l’Union soviétique. La tâche parait impossible, et elle n’a pas été tentée. L’autre ligne stratégique que pourrait défendre le PCF serait d’essayer de convaincre que l’Union soviétique n’était pas socialiste et que le socialisme proposé par le PCF serait d’une toute autre nature. Cette stratégie a été tentée dans les années 70, mais vite abandonnée après la rupture de l’union de la gauche en 1977-1978, le 23e congrès du PCF, en 1979, reconnaissant le bilan « globalement positif » des pays socialistes.

Depuis, le PCF s’est positionné comme un parti d’appui aux luttes sociales, mettant notamment à disposition les moyens de ses élus. Ce soutien a toujours été très utile, en particulier pour l’aide logistique considérable accordée par les collectivités locales à direction communiste à l’organisation des Forums sociaux ou le rôle de caisse de résonnance joué par le journal L’Humanité. Mais cette stratégie a fait ressembler le PCF à un super syndicat plutôt qu’à une force politique ambitieuse et porteuse d’avenir. Cette aide aux associations et aux syndicats, en tout cas, n’a pas été payée de retour en termes électoraux.

Le PCF demeure lié aux accords électoraux passés avec le PS. Les refuser provoquerait la disparition de son groupe parlementaire, de tous les conseils généraux qu’il dirige encore (Allier et Val de Marne après la défection de la Seine-Saint-Denis), et la perte d’un grand nombre de cantons et de municipalités. Or, sans groupe parlementaire et exclu de la gestion municipale, un parti politique se rétracte très vite.

Rejetant le PS, des alliances entre le PCF et les forces antilibérales sont-elles alors possibles ? L’alliance semble impossible avec Lutte ouvrière (LO) et le Parti des travailleurs (PT), ces formations politiques la refusant au motif que le PCF est toujours allié au PS et qu’il s’agit pour elles de construire un « parti révolutionnaire », notamment sur les décombres du PCF. En outre, le PCF n’a jamais été demandeur et les cultures radicalement différentes de ces traditions politiques rendent très difficile une hypothétique alliance.

La situation est un peu différente avec la LCR. Des rencontres ont eu lieu à l’échelle nationale avec le PCF, tandis que des accords électoraux ont été conclus dans certains départements et certaines villes. Au-delà de ces aspects conjoncturels, on ne voit pas très bien de quoi serait porteuse une alliance entre le PCF et la LCR. Toute alliance politique est même interdite pour la période qui vient. Le PCF est trop divisé pour accepter une telle alliance avec la LCR, hormis pour des raisons électorales ponctuelles à l’échelle locale. Quant à la LCR, occupée à changer de nom pour changer de taille, sa stratégie est celle du cavalier seul et non de l’alliance.

Le PCF est très divisé, provoquant depuis plusieurs années sa paralysie politique. Quatre tendances, au moins, le traversent. Une première tendance, qualifiée d’ « orthodoxe », souhaite conserver le nom et revenir à une politique mieux marquée par la tradition communiste. Une seconde tendance, autour de la direction en place en 2007 (Marie-George Buffet), tente de maintenir l’équilibre et de concilier l’inconciliable. Une troisième tendance, autour de l’ancien secrétaire général, Robert Hue, serait favorable à l’intégration du PCF rénové dans une force politique plus vaste. Enfin, la quatrième tendance est celle des « communistes unitaires » qui a soutenu la candidature de José Bové aux élections présidentielles de 2007.

Il faut être sourd et aveugle pour ne pas comprendre que le mot « communisme » - quoiqu’on pense du mot et quoiqu’on pense de la chose – est définitivement disqualifié. Pour la masse des jeunes, à l’échelle planétaire, le communisme est désormais assimilé au nazisme, tous deux considérés comme des totalitarismes. C’est le résultat des crimes commis par les dirigeants de l’Union soviétique. Ajoutons que le spectacle donné aujourd’hui par la Chine communiste, qui réinvente le capitalisme du XIXe siècle, n’est pas de nature à clarifier l’identité du communisme.

Les idées communistes et le mot lui-même ne mourront jamais. Ils survivront. Des partis communistes se maintiendront encore longtemps en vie. Mais ils seront minuscules, coupés de la population, sans positions électives significatives, inaptes à la moindre innovation politique, à la traine des autres forces politiques.

La composante orthodoxe du PCF n’est pas de cet avis et a adopté une posture romantico-nostalgique, comme dans quelques autres rares pays. Elle considère qu’il faut conserver le mot « communiste » dans l’intitulé du parti et que ce dernier ne doit pas s’engager dans la construction d’une force politique plus vaste, dans laquelle, pourtant, la sensibilité communiste serait reconnue. Cette tendance a peut-être raison. On ne peut jurer de rien, et il lui reste à démontrer que le courant communiste peut à nouveau influencer une partie non négligeable de la population française.

Quant aux autres tendances du PCF, il faudra bien qu’elles se décident à prendre des initiatives et à mener un travail intellectuel pour exposer leurs idées, sauf à continuer leur lente agonie commencée il y a trente ans. La solution la plus prometteuse serait l’engagement du PCF et de ses militants au sein d’une grande force politique de la gauche de gauche, chaque composante conservant son identité et son indépendance.

 C.- L’impasse des partis trotskystes


Les partis trotskystes sont composés de Lutte ouvrière (LO), de la Ligue communiste révolutionnaire (LCR) et du Parti des travailleurs (PT). Le trotskysme a été fondé au moment de la révolution bolchévique, Trotski s’opposant à Lénine, notamment sur la question de la démocratie. Les trotskystes, victimes de purges staliniennes, ont construit leur identité contre le stalinisme et pour la démocratisation des pays socialistes. Après la disparition du monde soviétique, le trotskysme n’a plus de raison d’être. C’est pourquoi la LCR, seule organisation trotskyste dans ce cas, est en train de s’éloigner du trotskysme, ce qui, d’ailleurs, lui pose des problèmes internes. Ces organisations sont aujourd’hui la survivance d’un passé révolu comme en témoigne leur schéma politique qui n’a pas varié depuis des dizaines d’années : la prise du pouvoir doit venir du « mouvement des masses » guidées par une « avant-garde ». Cette conception politique, en tout cas pour un pays comme la France, est caduque. D’autant que ces organisations n’ont conduit aucune lutte d’envergure et qu’elles ne sont pour rien dans les avancées sociales de ces dernières décennies. En fait, ces organisations ne veulent pas prendre le pouvoir ni l’exercer. Jamais mises à l’épreuve, ces organisations préfèrent le simple témoignage et la protestation, le verbe et la surenchère. Elles sont souvent verrouillées par les plus sectaires. Le seul antilibéralisme n’est pas un terrain suffisant pour permettre de fonder une dynamique de rassemblement. Au total, les trois partis trotskystes ne sont jamais parvenus à s’unir. Comment pourraient-ils, dès lors, s’unir aux autres ? Les choses sont limpides : ni la LCR, ni LO, ni le PT n’ont le moindre espoir de faire la révolution.

Au sein de la famille trotskyste, la LCR joue désormais un rôle particulier, Olivier Besancenot ayant remplacé Arlette Laguiller. Besancenot a réussi à concurrencer la popularité d’ « Arlette » puisqu’il obtient à la présidentielle de 2002 (4,27 %) et en mai 2007 (4,08 %), soit deux fois plus que LO et le PCF.

Forte de ces résultats, la LCR veut se transformer en « vrai » parti politique pour accueillir un public qui dépasse celui des petites formations d’extrême gauche classique. Il s’agit pour elle d’occuper l’espace laissé vacant à gauche par le Parti communiste qui a perdu sa fonction tribunicienne d’autrefois, et au Parti socialiste, qui ne cesse de faire des appels du pied au centre. C’est ce que confirme un dirigeant de la LCR : « Le PCF, comme le PRG, peut encore tenir une vingtaine d’années parce qu’il dispose de fiefs électoraux. Mais, comme force politique, il n’existe plus. C’est cet espace que nous voulons occuper. » D’autant que « Olivier », contrairement à Marie-George Buffet, mord bien au-delà de l’électorat traditionnel dévolu aux communistes.

La LCR a donc créé des « collectifs d’initiatives » ouverts aux « anonymes » et aux « déçus » des partis de gauche, qui, en juin 2008, seront partie prenante de l’ « assemblée constituante » chargée de fixer le programme et les statuts de la nouvelle formation. Le congrès fondateur est prévu fin 2008.

Le M’PEP désapprouve cette démarche pour les raisons suivantes :

  • Après la présidentielle de 2007, l’heure est à l’union et non à la division. C’est pourquoi l’initiative de créer un « parti anticapitaliste » devait être le fait d’un collectif d’organisations et non le fait d’une seule organisation demandant aux autres de se rallier.
  • La LCR appelle en fait au rassemblement autour d’elle. C’est ce que dit Christian Picquet, dirigeant minoritaire de la LCR, qui dénonce « un simple relookage ». Le problème de la LCR est simplement de réduire l’écart énorme entre son nouvel électorat (1 498 835 voix) et le niveau de ses forces organisées (2 900 adhérents en janvier 2006). En fait, l’opération consiste pour la LCR à changer de nom.
  • La construction de ce nouveau parti ne se fait pas sur des idées mais sur l’image d’Olivier Besancenot. C’est d’ailleurs lui qui draine des voix, pas la LCR ni son projet.
  • Ce sont en réalité les grands médias qui sont en train de « fabriquer » Olivier Besancenot et son « parti anticapitaliste ». Pour ne prendre que quelques exemples : une page entière dans Le Monde, le 12 décembre 2007, ¼ de page toujours dans Le Monde, le 27 décembre 2007, propagande quasi quotidienne dans Libération, multiplication des prestations audiovisuelles, sans rapport avec l’influence réelle de la LCR. La LCR intéresse la droite car elle peut prendre des voix, au premier tour, au candidat socialiste ; et la LCR intéresse aussi le Parti socialiste (c’est pourquoi ce parti a « donné » des signatures à Olivier Besancenot pour la présidentielle 2007), car elle peut remplacer le PCF dans le report de voix au second tour.
  • Le licenciement scandaleux du représentant de la minorité au sein de la LCR, Christian Picquet, laisse mal augurer de la démocratie dans cette nouvelle formation politique.
  • Il peut y avoir des désaccords idéologiques et programmatiques profonds, mais il faut quand même trouver des points communs entre forces de gauche. Proclamer a priori qu’on ne pourra s’entendre avec personne et diaboliser tous ceux qui ne sont pas d’accord avec soi, c’est organiser la défaite permanente.

Au total, ces organisations souvent groupusculaires et parfois sectaires ont perdu leur raison d’être. Engluées dans leurs routines et leurs rituels, elles font de la figuration dans des organisations de plus en plus folkloriques et de moins en moins aptes à la lutte politique et idéologique. N’ayant aucun impact politique, ces petits groupes entretiennent entre eux une concurrence stérile, émaillée de manifestations d’intolérance, qui neutralisent des militants qui seraient plus utiles ailleurs. Le caractère nuisible de ces groupes se manifeste dans leur ambition qui se limite à construire leur petite boutique – toujours appelée « grand parti des travailleurs » - sans jamais vouloir gouverner.

 D.- Le peu d’avenir des collectifs antilibéraux


Quant aux différents types de « collectifs antilibéraux » qui sont apparus lors de la campagne présidentielle à la suite de ceux qui avaient mené la campagne référendaire de 2005, compte tenu de leur très forte hétérogénéité idéologique, il est probable qu’ils ne résisteront pas à l’usure du temps. Les militants qui s’y sont impliqués devront trouver d’autres formes d’engagement. Il parait évident qu’aucune rénovation de la politique française ne pourra venir de ce côté-là.

 E.- La fin des Verts ?


La campagne médiocre de Dominique Voynet, les querelles et les rancunes personnelles, le départ de dirigeants et de militants au Modem de François Bayrou ont probablement achevé le parti des Verts. Il existe, en outre, un risque de « désidéologisation » de l’écologie engagée par Nicolas Hulot dans lequel se sont engouffrés tous les partis, notamment les Verts. Il y a de moins en moins besoin des Verts, et c’est dommage.

Au total, le réel et le retour de la politique – ce piège – inéluctablement, vont se refermer sur Nicolas Sarkozy. Ce dernier inaugure la fin d’un système clos par la campagne présidentielle de 2007, et l’entrée dans un nouveau dont on ne distingue pas encore les traits. L’un des enjeux de la période est la « bipolarisation » avec l’UMP d’un côté, et un socialo-centrisme de l’autre. L’autre possibilité est celle du développement des résistances sociales, articulées, sauf à demeurer impuissantes, à la reconstruction d’une nouvelle perspective historique, grâce à l’organisation d’une force vraiment de gauche.