Lutter contre la dette des pays pauvres
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LUTTER CONTRE LA DETTE DES PAYS PAUVRES

Jusqu’en 1970, les pays pauvres ne disposaient que de peu de prêts, ils n’avaient donc pas de dette. Pour se développer, ces pays ont cherché à emprunter.

 I.- LE PROCESSUS DE LA DETTE COMMENCE AU DEBUT DES ANNEES 70

Quand au début des années 70 les pays pauvres ont voulu emprunté, ils ont reçu des offres de 3 types.

1)- A partir de 1973, les pays producteurs de pétrole (crise et prix du pétrole) déposent dans les banques occidentales les dollars qu’ils n’investissent pas chez eux. Les banquiers vont offrir massivement ces « pétrodollars » aux pays en développement à des taux assez bas, sans vérification, ni des projets ni de l’honnêteté de leurs dirigeants. Ce type de prêt représente la dette privée.

2)- Les États des pays industrialisés en crise cherchent à exporter « la relance » pour atténuer les effets de la crise du pétrole. Ils consentent des prêts pour faciliter des exportations d’équipements. Ces prêts sont appelés la dette bilatérale.

3)- Les États-Unis sont en perte d’influence (guerre du Viêt-Nam) et les pays décolonisés recherchent des aides pour se développer. Le FMI et la Banque Mondiale, qui siègent à Washington sous direction étatsunienne et européenne, sont invités à prêter aux dirigeants des pays qui s’éloigneront de la zone d’influence soviétique. Il s’agit ici d’une dette multilatérale (tous les États adhérents au FMI et à la BM).

Les pays en développement reçoivent tous ces prêts à long terme (20 ans), généralement en dollars (valeur 5 F à l’époque) à des taux assez bas (mais ce sont des taux variables indexés sur les taux états-uniens). Les pays emprunteurs peuvent rembourser assez facilement grâce à leurs exportations de matières premières et de denrées agricoles.

 II.- EN 1979, CHANGEMENT DE LA POLITIQUE MONETAIRE MONDIALE

En 1979, le G5 (ancêtre du G7) de Tokyo décide de l’augmentation des taux d’intérêts et en 1980 les USA (Reagan) adoptent les politiques néolibérales et décident de combler leurs déficits (déjà à cette époque) en empruntant. Les besoins sont massifs, les taux montent jusqu’à 15 %.

Conséquences :

  • Tous les spéculateurs achètent des dollars pour les placer aux USA à ces taux avantageux et le cours du dollar, monnaie très recherchée dans le monde entier, monte jusqu’à 11 francs (presque 2 €).
  • Les pays emprunteurs voient leurs dettes se multiplier par quatre (doublement du dollar et doublement des taux d’intérêts) sans qu’ils ne reçoivent rien de nouveau.
  • Il est presque impossible, pour les pays d’Afrique et d’Amérique latine, d’emprunter, sinon à des taux usuraires (30 % ou plus) car ils sont considérés comme emprunteurs à risques par rapport aux USA qui offrent 15 %.

 III.- LES DEBUTS DE LA CRISE DE LA DETTE

La crise de la dette commence et les pressions politiques vont s’exercer sur tous ces pays avec le relais du FMI et de la BM qui sont les prêteurs en dernier recours pour éviter la faillite de ces pays. Une véritable politique néocoloniale se met en place, FMI et BM dictant les politiques à appliquer pour rembourser leurs dettes. Les pays sont contraints à un quasi abandon de leur souveraineté, pour rembourser la dette il faut couper dans les crédits des services publics.

Les « experts » du FMI débarquent dans chaque pays pour contrôler et imposer les « solutions » qui permettront de payer. Mais les mêmes remèdes imposés à tous vont les enfoncer encore plus :

Le rééchelonnement. La durée du prêt est augmentée mais à un taux encore plus élevé puisque le risque durera plus longtemps.

Les exportations. On dit aux pays pauvres : « Exportez plus ! ». Mais cela entrainera un double effet négatif :

D’une part, pour cultiver plus de produits exportables il faut libérer des terres qui jusque là étaient utilisées pour les cultures vivrières qui nourrissaient les habitants (d’où les famines à venir) ou déforester massivement (avec les conséquences écologiques).

D’autre part, les matières premières ou les produits agricoles exportés arrivent en grande quantité sur les marchés des pays riches et les prix s’effondrent.

On dit aussi aux pays pauvres : « Réduisez vos dépenses publiques ! ». La santé et l’éducation sont alors sacrifiées pour rembourser la dette (moins de fonctionnaires et montée du chômage), appauvrissement des pays.

 IV.- OU EN SOMMES-NOUS AUJOURD’HUI ?

Dans son rapport pour 2005 sur l’état du développement humain, le PNUD (Programme des Nations Unies pour le Développement) constate que 240 millions de personnes vivant en Afrique subsaharienne ont vu leur IDH (indice du développement humain) chuter. La CNUCED (ONU) montre que le poids de la dette extérieure est déterminant dans cette chute. L’Afrique subsaharienne :

  • a reçu depuis 1970, 294 milliards de dollars
  • elle en a remboursé 268 milliards
  • et pourtant elle doit aujourd’hui encore 210 milliards

Constat sans appel, il y a bien eu un transfert vers les pays riches en provenance du continent le plus pauvre du monde. La situation sur l’ensemble du monde est dans la même ligne. L’ONU recense une liste de 49 PMA (pays les moins avancés) alors qu’il n’y en avait que 25 il y a 30 ans.

 V.- LES PAYS EN DEVELOPPEMENT (PED) SONT- ILS SEULS RESPONSABLES ?

La question de la dette et de son abolition sous-tend une charge politique très forte en masquant la coresponsabilité des créanciers dans ce processus d’endettement des pays pauvres. Les prêts bilatéraux accordés par les gouvernements du Nord avec l’accord du FMI et de la BM étaient souvent motivés par des raisons géopolitiques et utilisés par des dictateurs à des fins personnelles ou pour combattre leurs peuples. C’est ce qui est appelé la « dette odieuse ». Ces dettes qui n’ont aucunement profité au pays ou aux peuples continuent pourtant à être remboursées par les gouvernements actuels. Est-ce normal ? « Ne payez pas ! », disait Dario Fo dans une de ses pièces.

 VI.- PLACE DE LA FRANCE DANS CE PROCESSUS D’ENDETTEMENT

Le Trésor français détenait en décembre 2007, 26,5 milliards d’€ de créances sur des pays étrangers. Mais beaucoup plus en réalité, car ces créances n’intègrent pas les intérêts de retard dus à la France par les pays en situation de défaut de paiement (le ministère des Finances précise que l’absence de publication de ces intérêts de retard ne remet pas en cause leur existence légale et n’a aucune conséquence sur leur exigibilité). Alors pourquoi les cacher ?

Pour des APD (Aide au Pays en Développement), 12,4 milliards sont dus :

  • 1,737 milliards pour la Côte d’Ivoire
  • 1,253 milliards pour le Maroc
  • 1,058 milliards pour l’Indonésie
  • 951 millions pour la Chine
  • 919 millions pour le Cameroun
  • 882 millions pour la Tunisie, etc.

Il y a 14,1 milliards qui sont dus pour des créances qui correspondent au financement de projets où interviennent des entreprises françaises, dont près de 8 milliards vers 5 pays seulement (Chine, Egypte, Indonésie, Maroc, Pakistan). Qu’ont-ils bien pu nous acheter pour que l’État français se montre aussi généreux ? Parmi les autres pays endettés par des transactions commerciales on trouve : l’Irak pour 1,552 milliards d’€ ; la Côte d’ivoire pour 1,009 milliards ; la Pologne pour 924 millions ; le Gabon pour 921 millions ; le Congo pour 814 millions ; la RDC du Congo pour 780 millions, etc.

 VII.- QUEL PROGRAMME DE GOUVERNEMENT METTRE EN PLACE IMMEDIATEMENT ?

Au 31 décembre 2007 la France avait annulé 14,7 milliards d’ € de dettes dues par les PPTE (pays pauvres très endettés), soit le quart des prêts qu’elle avait accordé au titre de l’APD entre 2002 et 2007.

Trois possibilités pour aider immédiatement les pays asphyxiés par la dette

1)- Annulation des créances françaises dues au Trésor, après une étude approfondie de la situation politique de chaque pays débiteur et des conditions dans lesquelles les aides ou prêts ont été consentis. Les dettes des dictatures pour achat d’armes ne doivent pas être annulées.

2)- Pour les dettes privées, prêts accordées par des banquiers, qui se sont regroupés dans le Club de Londres pour augmenter la pression sur les pays emprunteurs, légaliser le principe du remboursement de la seule valeur nette comptable de la dette (inscrite dans leurs livres). En effet, sur ces vingt dernières années, les banquiers se sont pratiquement tous séparés des créances (sommes prêtées) qu’ils n’étaient pas sûrs de récupérer par le « provisionnement » de ces prêts dans des comptes de créances « douteuses ». Les « provisions » déduites de leurs bénéfices imposables diminuent les sommes dues par les emprunteurs et permettent aux banquiers de payer moins d’impôts. Mais les intérêts dus sont calculés sur la totalité et continuent à augmenter la dette des pays emprunteurs. Débarrassés d’une partie de la valeur comptable de ces créances par ces provisions, les banquiers peuvent vendre ces créances qui gardent leur valeur d’origine (100 % du non remboursé) pour un prix d’environ 20 % sans rien perdre, c’est la « titrisation » (émission de titres de créances). Les organismes spéculatifs sans foi ni loi qui achètent ces créances vont utiliser tous les moyens et l’aide du FMI et de la BM pour récupérer la totalité (100 %) auprès des emprunteurs et engranger des bénéfices extraordinaires.

3)- Développer et financer des audits de la dette publique des pays endettés, pour dévoiler la réalité de la dette et créer un outil juridique permettant d’identifier les responsabilités et de demander réparation. Des experts pourraient être recrutés par des O.N.G., CADTM (comité pour l’abolition de la dette du tiers monde) par exemple. Ces expertises proposées gratuitement aux pays endettés analyseraient, pour chaque emprunt (privé, bilatéral ou multilatéral) les circonstances ou il a été contracté, comment les fonds ont été utilisés, quels sont les résultats obtenus, qui en a profité (organes étatiques ou individus), mais aussi les conditions politiques et économiques existantes et connues des prêteurs au moment du prêt. Ce principe de l’audit a déjà fait l’objet d’applications concrètes au Brésil, en Argentine et au Pérou depuis 2 ans. Le gouvernement équatorien qui sacrifie 40 % de son budget au paiement de la dette vient de lancer cette opération. En Afrique (RDC et Côte d’ivoire), les ONG ont organisé en 2007, des séminaires des mouvements sociaux, pour intervenir dans ce sens auprès de leurs gouvernements.