Reconstruire un conscience de classe

Résumé

L’affaiblissement de la conscience de classe des producteurs, résultat de la guerre idéologique menée par le courant néolibéral, ne fait pas pour autant disparaître les antagonismes de classes et donc leur existence. Une nouvelle conscience de classe doit émerger sur la base des intérêts unificateurs de la grande majorité du salariat.

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RECONSTRUIRE UNE CONSCIENCE DE CLASSE

Si les classes sociales, la lutte des classes, sont devenues invisibles, il reste que d’un point de vue de l’analyse théorique, rien ne justifie leur disparition. L’opposition fondamentale de la classe ouvrière et du capital continue d’être une réalité objective. Ce qui a changé c’est la conscience, pour beaucoup d’ouvriers, d’appartenir à une classe. La conscience de classe, condition déterminante - même si celle-ci n’est pas suffisante - pour que la lutte de classes s’exerce, a très sensiblement reculé dans les milieux populaires, mais pas parmi les classes dirigeantes. Cette situation ne remet pour autant pas en cause l’origine fondamentale de cette analyse qu’est la contradiction entre capital et travail. Non seulement cela reste une réalité, mais celle-ci est à son apogée en ce début de XXIème siècle.

La disparition de ce concept des discours politiques et syndicaux, des débats et des productions intellectuels, n’est pas une conséquence de la disparition de cette opposition de classes mais résulte bien de la victoire idéologique remportée par les néolibéraux au cours des années 80. Cependant, si cette victoire idéologique a permis d’effacer, pour un temps, cette lecture de la société, elle n’a pas pour autant éliminé les rapports fondamentaux qu’entretiennent le capital et le travail.

Avant d’aller plus loin, il convient de préciser que cette contribution n’a pas pour objet de considérer l’ensemble des questions liées aux classes sociales. Nous ne traiterons pas par exemple du lien fondamental entre la division du travail et l’apparition des classes sociales. Nous limiterons notre propos à la contradiction entre le capital et le travail sur laquelle repose l’opposition de deux classes fondamentales, celle des producteurs et du capital pour voir comment et pourquoi ces classes sociales sont devenues invisibles, et quelles raisons nous poussent à nous opposer au discours dominant.

Pour cela nous verrons comment les idéologues néolibéraux ont gagné la bataille des idées sur cette question avant d’examiner en quoi cette lecture de la société reste pertinente. Il s’agit là d’une condition essentielle pour que se dessine un socialisme du XXIème siècle.

 I.- LE RECUL TRES SENSIBLE DE LA CONSCIENCE DE CLASSE DANS LE MONDE DU TRAVAIL : UNE VICTOIRE IDEOLOGIQUE DES NEOLIBERAUX

La guerre idéologique perdue par le mouvement ouvrier au cours des années 80, a changé le regard des populations concernées sur leur place dans la société. D’autres lectures des rapports sociaux sont aujourd’hui utilisées et des termes nouveaux ont envahi le langage commun et donc le discours politique. On n’emploie pratiquement plus des termes comme « ouvrier » ; parler des « travailleurs » paraît appartenir à un passé lointain et révolu, tout comme parler de la « lutte des classes ». Aujourd’hui on évoque volontiers les pauvres et les riches, les classes moyennes (les classes moyennes sont considérées comme allant des ouvriers qualifiés jusqu’aux cadres et professions libérales). Le PCF s’adresse aux « gens » et aux « femmes et aux hommes de ce pays ». Il est souvent question, également, des exclus, ce qui renvoi à l’idée que l’ensemble des autres sont des « inclus ».

Les professions et catégories socioprofessionnelles (PSC) classent les acteurs sociaux par profession et non plus dans un rapport capital/travail. Les différences portent sur la profession ou l’appartenance à un secteur d’activité. Dans les entreprises les ouvriers ont disparu pour laisser la place à des « opérateurs » ; les femmes de ménage sont devenues des « techniciennes de surface », par exemple.

Cependant, la réalité est toute autre et les apparences sont trompeuses car l’existence de ces classes sociales fondamentales appartient au système économique dominant : le capitalisme. Et le capitalisme est encore bien vivant même s’il est en perpétuel changement. Il ne s’agit donc pas d’une disparition des classes sociales et de leur contradiction mais d’une apparence. En effet, les rapports de production restent inchangés. Ces « disparitions » sont le résultat d’une bataille politique et idéologique menée depuis plus de 30 ans par les néolibéraux. Gagner cette bataille était essentiel pour ces idéologues car elle a permis de supprimer les antagonismes de classes au profit des détenteurs de capitaux qui ont, eux, bien conscience d’appartenir à une classe : la bourgeoisie est toujours là, fidèle à la position dominante. « Classe en soi et classe pour soi, elle est la seule aujourd’hui à prendre ce caractère qui fait la classe réelle, à savoir d’être mobilisée » (M. Pinçon et M. Pinçon-Charlot, Sociologie de la bourgeoisie, La Découverte, 2000).

Classe « en soi » et classe « pour soi », sont les termes dont se servaient Marx et Engels pour analyser les degrés de maturité politique du prolétariat, le niveau de prise de conscience en tant que force politique indépendante. L’existence d’une classe suppose que deux éléments soient réunis : la place dans la production, leur rôle dans l’organisation sociale du travail et la conscience d’appartenir à un groupe qui peut, en s’organisant, changer les rapports de production. La conscience de classe n’est pas spontanée. En effet, il a fallu, au 19ème et au 20ème siècle, que de nombreuses luttes se développent et que l’apport théorique de Marx soit approprié par une partie des ouvriers pour que le prolétariat perçoive que ses intérêts étaient irréductiblement contraires à ceux du capital. Des exemples historiques tels que celle des luddites en Angleterre, où les ouvriers, exaspérés par une exploitation féroce, brisaient les machines, ne comprenant pas la cause réelle de l’exploitation, montrent que le prolétariat n’a pas pris d’emblée conscience de soi même en tant que classe. Pour dépasser le système capitaliste qui produit la classe en soi, il est absolument nécessaire de faire grandir les consciences pour s’inscrire dans la classe pour soi. Cette dimension est essentiellement idéologique. Elle est un des éléments structurants de la lutte des classes. La classe en soi conduit à des révoltes, la classe pour soi à des révolutions. C’est pourquoi les néolibéraux nient l’existence même de lutte de classes.

Pour les idéologues néolibéraux, le concept de lutte de classes appartient au passé. Cela n’a même jamais existé. En tout état de cause, les différences de classes se sont, au cours du XXème siècle, estompées jusqu’à disparaître. Notons que cette façon de voir ne repose pas sur un travail sérieux qui viserait à démontrer que les formes d’exploitation ont changé, mais sur une idéologie qui réfute l’existence de classes sociales dont les intérêts sont opposés. C’est à partir de ce postulat qu’il convient d’examiner la situation, en plaçant notre réflexion dans le contexte politique des 30 dernières années.

Que s’est-il passé ?

L’année 1968, de ce point de vue, marque un tournant. Les mouvements estudiantins mais également et peut-être surtout ouvriers, qui se développent dans les pays capitalistes cette année-là, font peur à la bourgeoisie et la conduit à réagir, à s’organiser pour mettre un terme à cette « chiant lie ». Cette situation va conduire le patronat, les acteurs politiques qui le soutiennent à s’intéresser aux idées que développent un certain nombre de clubs politiques, particulièrement à celles d’un think tank très actif, qu’est celui de la Société du Mont Pèlerin animé par Von Hayek. Ces idées ultra-minoritaires à la Libération vont s’imposer à la fin des années 70. D’une part, l’espoir levé à l’Est tourne au cauchemar et d’autre part les politiques keynésiennes s’essoufflent. Le libéralisme économique apparaît donc comme étant un recours possible.

Les thèmes travaillés et diffusés par les multiples canaux que les think tanks savent maîtriser et construire vont imprégner l’ensemble de la société. C’est ainsi que des idées d’apparence révolutionnaires portent en elles des concepts néolibéraux. Par exemple ce fameux mot d’ordre dont on dit qu’il serait une marque de fabrique de mai 68 : « Il est interdit d’interdire ». Hayek l’a rêvé en écrivant La route de la servitude, Cohn-Bendit l’a fait !

Les années 60 et 70 sont pour le patronat des années difficiles. D’autant qu’elles succèdent à la période de la Libération, période de reculs significatifs pour le capitalisme avec les nationalisations, la Sécurité sociale, le statut des fonctionnaires, etc. La fin des années 60 voit le patronat contraint de signer des accords, les accords de Grenelle, fruits des grèves de 68 (qui peuvent faire rougir les syndicalistes de 1936 !).

Les périodes de la Libération et de 1968 sont donc marquées par la reconnaissance de la différence fondamentale entre le capital et le travail, donc de l’existence de classes antagonistes. Le programme du Conseil national de la résistance ou/et le projet de Constitution du 19 avril 1946, dans son article 26, prévoit que « Tout homme a le devoir de travailler et le droit d’obtenir un emploi » ; Art. 30 : « Tout homme a le droit de défendre ses intérêts par l’action syndicale » ; Art. 31 : « Tout travailleur a le droit par l’intermédiaire de ses délégués à la détermination collective des conditions de travail ainsi qu’à la gestion des entreprises » : Art.36 : « Tout bien, toute entreprise dont l’exploitation a ou acquiert les caractères d’un service public national ou d’un monopole de fait doit devenir la propriété de la collectivité ». Le mouvement ouvrier marque incontestablement des points.

Sur le plan international, les pays « socialistes » font rêver : à la Libération, c’est l’URSS qui fait rêver, en 1968 c’est la Chine de Mao ! Ils sont considérés comme l’expression de la lutte de classes au plan mondial.

Comme nous le voyons, la lecture du monde en termes de classe ne date pas du 19ème siècle. En effet, jusqu’à la fin des années 70, cette vision n’est pas encore « ringardisée ». De nombreuses productions intellectuelles traitent de ces questions, et les batailles politiques se situent dans ce champ.

La contre-révolution néolibérale va changer cette lecture de la société, devenue dominante grâce aux luttes sociales, politiques et idéologiques. Pour parvenir à ce résultat, l’histoire est réécrite, des valeurs sont dévalorisées. Par exemple, le rôle joué par les travailleurs en mai 68 est quasiment effacé. Ce qui domine aujourd’hui dans l’esprit commun, c’est qu’en 36 ce sont les ouvriers qui occupent les usines (des images en noir et blanc et des ouvriers en casquette). Par opposition, la représentation collective de Mai 68 est celle de la « modernité ». Les acteurs presque exclusifs en sont pour cet imaginaire collectif, les étudiants qui vont, pour un grand nombre de leaders estudiantins de l’époque devenir les élites des médias, de la politique, des milieux culturels. Disparus, gommés, les millions de grévistes, ouvriers des grandes entreprises comme Renault, les employés(es) des Galeries la Fayette, les mineurs du Nord, etc.

Des hommes comme Serge July, soixante-huitard étudiant s’il en faut, contribueront à faire disparaître le monde ouvrier du débat politique. D’une part, les médias vont les ignorer et d’autre part, ils vont les ringardiser. Le management va les « renommer ». Les ouvriers n’existent plus. Il convient d’ajouter à cela que les procès de productions vont être bouleversés. Les grandes entreprises vont disparaître au profit de PME qui sont, soit des sous-traitants, soit des filiales des grands groupes. Les apparences vont jouer également un rôle dans le recul de la conscience de classe pour les producteurs.

La notion d’exploiteurs et exploités a déserté les discours politiques et syndicaux et le travail de recherche des universitaires. Cette nouvelle lecture de la société devenue dominante à partir des années 80 contribue à effacer de la scène politique, culturelle, médiatique, sociale, les ouvriers, en premier lieu, qui durant un siècle ont eu, peu ou prou, la conscience d’appartenance à une classe.

Pour gagner la guerre idéologique il fallait faire disparaître cette conscience. Il convient de reconnaître que cela a parfaitement fonctionné. Pour autant, les ouvriers n’ont pas disparus même s’ils sont devenus invisibles. En 2003, on compte 6 millions d’ouvriers. Il s’agit d’un groupe social très important. Si l’on ajoute les employés (qui sont des ouvriers de service) dont les conditions de vie, de place dans le travail, peuvent se confondre avec celles ouvriers, ces deux groupes représentent 60 % de la population active. Au total, si nous considérons la somme des ouvriers et des employés, nous obtenons une part stable depuis 30 ans.

La bataille qui vise à imposer une autre lecture des rapports sociaux n’est pas totalement achevée. En effet, la volonté du patronat de remettre en cause le contrat de travail tel que nous le connaissons participe de cette lutte de classes que mènent, tout en niant son existence, le MEDEF et les autres organisations d’employeurs. En proposant par exemple de mettre sur le même plan le contrat de mariage et le contrat de travail, le patronat tente d’effacer l’esprit même du Code du travail qui reconnaît le déséquilibre manifeste entre le salarié et l’employeur. Le code du travail reconnaît implicitement l’existence de classes sociales. Le lien de subordination exclut toute égalité entre employeur et employé. C’est là toute la différence entre un contrat de droit civil et un contrat de travail tel qu’il s’est construit au fil des victoires remportés par les mouvements sociaux. Au XIXème siècle, les rapports sociaux relevaient du code civil. Deux articles étaient seulement consacrés au « louage de service » et les patrons étaient libres de régler leurs rapports avec leurs salariés et les conditions de travail de ceux-ci. A l’époque l’existence de classes sociales n’était donc pas reconnue. Elle est le fruit des grandes luttes menées par le mouvement ouvrier dans le cadre du développement du capitalisme.

L’existence de classes sociales fondamentalement et objectivement opposées repose sur une analyse pertinente du système capitaliste.

 II.- L’EXISTENCE DE CLASSES EST LIEE AUX RAPPORTS CONTRADICTOIRES ENTRE CAPITAL ET TRAVAIL

La reconnaissance d’un déséquilibre entre employeur et salarié provient d’une lecture de la société qu’a su imposer le mouvement ouvrier à partir du XIXème siècle et au cours de la plus grande partie du XXème. Cette lecture s’inspire de l’analyse marxiste qui a marqué profondément le mouvement ouvrier.

Quelle est cette analyse ?

Le grand mérite de Karl Marx ce n’est pas d’avoir écrit le Manifeste du Parti communiste, même si ce texte fondamental a marqué l’histoire du monde contemporain, mais c’est d’avoir mis à nu le mécanisme du système capitaliste, d’avoir rendu visible « la main invisible », d’avoir montré le rapport entre le capital et le travail et de ce fait l’existence de deux classes fondamentalement opposées.

Marx montre que seul le travail crée de la richesse contrairement au capital. Pour lui le travailleur ne vend pas son travail mais sa force de travail au détenteur d’un capital qui cherche à faire fructifier celui-ci. La force de travail est une marchandise particulière. En effet, l’usage de cette force de travail permet de créer de la valeur supplémentaire. La différence entre le prix payé pour acquérir la force de travail (le salaire) et la valeur de la production réalisée par la mise en mouvement de cette marchandise particulière constitue pour Marx du travail gratuit que s’approprie le capitaliste. Il s’agit de la plus value, source du profit capitaliste et de l’exploitation.

Pour subvenir à ces besoins, le travailleur ne dispose que de sa force de travail. Il est contraint, pour vivre, de vendre celle-ci aux détenteurs de capitaux. C’est ainsi que l’on peut définir deux classes fondamentales qui sont attachées au rapport du capital et du travail.

Ce raisonnement vaut au plan macroéconomique. Il peut être étendu à l’ensemble du capital et à l’ensemble des forces de travail disponibles sur le « marché du travail ». Et nous savons que le prix de cette marchandise sur un marché donné est lié au « principe » de l’offre et de la demande. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle le chômage n’est pas un problème pour le capital mais une solution qui vise à faire baisser le prix de la force du travail.

La situation a-t-elle fondamentalement changé pour pouvoir affirmer que ce raisonnement ne correspond plus au « monde moderne », que par conséquent les classes ont disparu ?

Notons en premier lieu que les controverses autour de l’existence de classes fondamentalement opposées ne sont pas nouvelles.

Nous avons vu qu’au XIXème siècle il s’agit de louage de service, d’un contrat de droit civil qui par nature met sur le même plan l’employé et l ‘employeur. Si la science économique admet l’existence de classes sociales qui ont des intérêts divergents, ce constat reste sans effet sur la vie des producteurs. Karl Mark avec Le Capital va permettre de donner du sens, des outils aux luttes ouvrières. La prise de conscience d’appartenance à une classe exploitée va prendre corps et permettre l’organisation de cette classe, tant sur le plan syndical que politique. Dans le même temps, autour des années 1870, une nouvelle école de sciences économiques voit le jour : le marginalisme. Cette théorie économique s’oppose à l’idée même d’exploitation de la force de travail développée par Karl Marx. Ce qu’on nomme révolution marginale abouti à la révolution néolibérale que nous connaissons. Cette théorie, dominant depuis la « révolution néolibérale » réfute celle de la valeur travail.

Nous ne développerons pas cette théorie dans ce texte. Celle-ci est simplement notée pour indiquer que les néolibéraux s’appuient sur des théories économiques pour mener la bataille idéologique. Ils le font en fonction de l’appartenance de classe.

Au fond, les néolibéraux réfutent l’idée d’une contradiction entre le capital et le travail d’une part, et la valeur travail d’autre part. Le capitalisme financier constitue un des rêves les plus anciens des détenteurs de capitaux. Ils rêvent depuis toujours que le capital puisse s’auto-reproduire sans avoir recours à l’achat de la force de travail. C’est une tentative de contourner le problème que pose l’évolution de la composition organique du capital (capital constant/capital variable = taux de profit), qui dans une concurrence effrénée que se mènent les capitalistes, conduit « mécaniquement » à une baisse tendancielle du taux de profit. Il s’agit donc pour le capital, d’une part de faire le maximum de profit en réduisant le « coût » que représente l’achat de la force de travail, voire en l’éliminant. Les fonds de pension fonctionnent de cette façon.

De nombreux retraités américains ont pensé vraisemblablement que les temps avaient changé, que le capital pouvait se reproduire sans travail. Que le capital pouvait non seulement de reproduire mais se développer à l’infini en dehors du travail. Néanmoins, si cela fait le bonheur des traders, ce n’est plus le cas pour un grand nombre de retraités qui font la triste expérience des théories néolibérales qui réfutent l’idée que le profit trouve son origine dans la différence entre la valeur de la force de travail et la valeur de ce qu’elle produit. Reconnaître cela c’est reconnaître l’existence de classes et de la lutte des classes.

La disparition de la lutte des classes du débat politique, des productions intellectuelles, voire du syndicalisme, ne signifie pas pour autant sa disparition dans les faits. Ce qui a disparu c’est une partie de la conscience pour les ouvriers, les employés d’appartenir à une classe. Ce qui, par ailleurs, encore une fois, n’est pas le cas pour le patronat qui s’identifie parfaitement à sa classe.
De surcroit, les conditions de production ont changé. Il n’y a plus que de rares entreprises employant des milliers de salariés sur un même site. La multiplication des sous-traitances (PMI, PME), aux filiales donnent le sentiment que les ouvriers ont disparu. Or, une analyse un peu sérieuse de la situation, un peu d’esprit critique, montre qu’il s’agit d’une simple apparence, d’un mirage pour capitalistes.

Le drame de cette situation, c’est que la quasi totalité des forces politiques de gauche, des forces syndicales, aient pour le moins mis de côté ces analyses. Le mirage fait des dégâts. Les néolibéraux ne se sont pas trompés en s’attaquant à ce concept. Ils ont, en faisant reculer la conscience d’appartenance à une classe, gagné pour un temps une très grande bataille politique et idéologique qui paralyse le mouvement social en le rendant aveugle.

 III.- QUE FAIRE ?

Il s’agit de travailler à nouveau ces questions, d’aller à la rencontre du monde du travail, pour détricoter l’idéologie néolibérale et dans un même mouvement donner du sens aux futurs mouvements sociaux. C’est là le rôle de l’éducation populaire et de l’action politique.

L’éducation populaire est au cœur des objectifs que se fixe le M’PEP. Par conséquent, de multiples initiatives seront organisées pour démontrer, non seulement que le système capitaliste ne fonctionne pas, mais qu’il représente une catastrophe, sur le plan social, moral, écologique. Montrer l’échec de ce système est très important. En effet, ce qui domine aujourd’hui c’est l’idée suivante : si ce système est imparfait, il reste le seul à fonctionner. Il a fait ses preuves de supériorité face l’économie administrée des pays du bloc de l’Est qui se sont effondrés. C’est pourquoi, il ne peut être remis en cause, mais simplement régulé. Il convient donc de faire un bilan. Ce bilan il faut le faire connaître et le faire partager.

Dans le même temps il s’agit de montrer comment fonctionne ce système en reprenant les thèses développées plus haut. Montrer en quoi cette façon de voir n’est pas dépassée ni par la mondialisation, ni par le temps. Montrer que la phase du capitalisme financier, dans laquelle nous sommes, non seulement ne retire rien à la pertinence de l’analyse, mais la renforce. Cette bataille idéologique doit se mener sur le terrain du mouvement social. Il faut rechercher le mouvement dialectique, le susciter, pour que celui-ci se nourrisse de la théorie et pour que la théorie deviennent une arme redoutable. C’est pourquoi, les actions politiques, syndicales, doivent être au cœur ne nos préoccupations.

Le prolétariat du 19è siècle, minoritaire en nombre, avait comme mission historique de prendre le pouvoir, de s’imposer avec la « dictature du prolétariat ». Bien entendu, nous n’en sommes plus là. L’Histoire montre que seuls les peuples conscients peuvent transformer l’état existant des choses. Aujourd’hui, les ouvriers, de plus en plus nombreux dans le monde (évolutions des forces productives en Chine, en Inde, en Amérique latine, etc.) représentent près de 30 % de la population active en France. Notons que ce chiffre est supérieur à celui des années 30, période où la classe ouvrière s’est rendue particulièrement visible en France, notamment avec le Front populaire. Les employés sont également près de 30 %. Le salariat quant à lui se situe autour de 90 % de la population active. Faut-il se revendiquer d’un nouveau « bloc historique » comme ce fût le cas avec la classe ouvrière ? Vraisemblablement non. Néanmoins, notre objectif doit viser à rassembler les ouvriers et les employés directement concernés par l’exploitation capitaliste. Ce qui, bien entendu, n’exclut pas les autres catégories qui n’ont pas la même place dans la production et qui, de façon essentielle, contribuent à la production de richesses de tous ordres.

Comme nous le voyons, le capitalisme n’est pas une nébuleuse insaisissable, perdue dans les méandres de la mondialisation, mais une réalité bien vivante. L’existence de classes est l’essence même de ce système. La conscience de classe (classe pour soi) est donc un enjeu politique majeur. C’est pourquoi le M’PEP s’engage à montrer et à démonter les mécanismes du système capitaliste, et à proposer de le dépasser pour tendre vers un socialisme du XXIème siècle. Pour ce faire le M’PEP se bat pour rassembler l’ensemble du monde salarié tout en portant ses efforts principaux en direction des ouvriers et des employés qui représentent près de 60 % de la population active.